6.4.08

Objets-force - Kongo


Au-delà de la beauté des pièces issues des arts et traditions ethniques, la symbolique des clous plantés dans les statues et fétiches de certaines ethnies africaines, qu'on retrouve dans les pratiques de vaudou ou de santeria cubaine, m'a toujours parue fascinante. La croyance populaire liée à la sorcellerie attribue à l'acte de planter clous et aiguilles dans une poupée vaudou une visée d'affaiblissement ou de mort de la personne symbolisée. C'est par son effet de violence et de perforation que le clou planté est communément associé à un acte agressif de nuisance. En réalité l'enfoncement de clous dans une statuette ou un fétiche est positif ou négatif selon que le contrat fixé avec le spécialiste du rituel est un contrat de protection ou d'agression.
On peut ainsi voir à droite un objet-force du Kongo, datant du XVIIIème siècle, en bois, clous, fer et tissu (collection Barbier-Mueller). Dans la tradition congolaise, les objets-force répondent aux demandes de ceux qui se sentent agressés par des esprits maléfiques. Les clous plantés dans le bois ont donc pour fonction de renforcer les pouvoirs de celui que la statue protège. Cette dernière sert ainsi à résoudre toute sorte de problèmes (maladie, stérilité, conflits…). Ce sont généralement des statues anthropomorphes de 15 à 30 cm de haut, possédant une cavité ventrale dans laquelle est placée la charge magique: le bilongo. La fermeture de ce receptacle marque la maîtrise des puissances invoquées. Le devin au cours d’une cérémonie place la charge et active les pouvoirs de la statue. Il est l'intercesseur entre la personne qui vient le consulter et le Nkisi. statue. Il « réveille » l’esprit du Nkisi en enfonçant dans la statue un objet métalique après l'avoir léché.
A ma gauche, c'est la même visée qui charge cette statue kondi du groupe Bakongo. Le sculpteur modèle une statue anthropomorphe. Dans le cas d'un nkisi kondi, la consécration et l'activation des pouvoirs de l'objet se font au moyen d'un rituel effectué par le nganga (spécialiste rituel) et où il introduit dans ou sur la statue les réceptacles contenant les substances magiques qui lui confèrent son pouvoir. Lors de son utilisation, la victime cherchant à se venger ou à se protéger lèche un clou et le nganga l'enfonce dans la figure. Pendant qu'il enfonce des clous et des lames dans le corps du nkondi et lui lance des injonctions, le ritualiste éveille l'esprit à l'intérieur, excite sa colère et l'incite ainsi à punir le malfaiteur.

4 commentaires:

RAMOSFOREST.ENVIRONMENT a dit…

Je vous remercie. La culture et la tradition doivent être toujours preservées.

Nikita a dit…

Balese Martian S. - je suis épatée, la. Ce savoir ethnimixicologique vient d'ou, un diplome de 3e cycle, ou un petit précis 'Ethnology for Dummies?'

Martian Shaker a dit…

Nikita, si tu avais assisté à ma soutenance de thèse de doctorat en ethnologie comparée, tu ne ferais pas ces sarcasmes perso-potaches ; et si tu ne peux pas t'en empêcher, je te suggère de les réserver aux échanges de mail privés.

Nikita a dit…

Point de sarcasme de ma part, mais bien une question sur la source de ces infos, non mentionnée dans le post - pour aller chercher plus loin, car c'est tout a fait passionnant.