30.9.06

De Wolfe @ Half Price (compilation)



Une excellente et copieuse compilation proposée il y a quelques années par notre ami Johan Dada, grand connaisseur en matière de lounge et de bizzareries musicales rétro. De Wolfe@ Half Price picore dans une demi-douzaine d'albums des années 69 à 71, pour nous offrir une sélection de compositeurs et formations majeurs de l'illustration musicale (The Roger Webb Sound, The London Studio Group, Johnny Hawksworth - avec un merveilleux morceau d'exotica orientale : Journey into Fantasy).
Les titres sont dans les commentaires.

While most sound library compilations focus on the funkier or beat-heavy tracks, this great gem goes for the groovy and jazzy numbers - and picks the best of De Wolfe's light and breezy output, including some killer bossa and soundtrack-type cuts. There's a really jazz and swing feel to the whole set -- no surprise, as many of the talents were actual recording jazz players themselves, simply working in the studio for De Wolfe in order to bring in a little extra cash. The whole thing's great - really overflowing with great numbers that will show you that the sound library scene is still wonderfully under-tapped! Titles include "Gentle Eyes", "Heavy Lace", and "Coaster" by Roger Webb Sound; "Supercharger" by The London Studio Group, "Baby Jane" by the Soft-Slipper, "Waiting For The Summertime" by The Cool, "Swing-A-Day" and a beautiful exotica cut (Journey Into Fantasy) by Johnny Hawksworth. Titles in comments.

27.9.06

Art Brut #0


Je m'aperçois en relisant le profil de Martian Shaker que ce blog ne serait pas complet s'il n'évoquait ce champ de productions hors normes, foutraques, poétiques, cachées, dérangeantes, inconnues des circuits institutionnels de l'art ; ces créations autistiques, compulsives, réalisées sans le moindre souci du spectateur, et qu'on a qualifiées d'Art Brut : toiles, dessins, assemblages, produits par des retraités, des paysans, des fous, des bouchers, des facteurs. Ce sont des "marginaux réfractaires au dressage éducatif et au conditionnement culturel, retranchés dans une position d’esprit rebelle à toute norme et à toute valeur collective. Ils ne veulent rien recevoir de la culture et ils ne veulent rien lui donner." (Michel Thévoz)

C'est Jean Dubuffet qui en France le premier découvre ces pièces dotées d'une étrange beauté et choisit de les élever au rang d'oeuvres (et non de sujet de thèses de doctorat en psychiatrie); Dubuffet qui s'acharnera toute sa vie durant à collectionner les trouvailles, étudier et documenter le fonds, installer un musée, chercher en France et à l'étranger où se trouve l'art brut. Car il ne tente pas de définir l'art brut mais de le dénicher, là où il est - au fond d'une grange, dans un hôpital ou un garage - diamant brut dans sa gangue de terre. Avec respect et simplicité, Dubuffet s'attachera à juger les oeuvres et non les hommes, à voir non pas la névrose dans les figures ou les couleurs, mais la puissance de l'expression, la cohérence d'une syntaxe plastique, telle qu'on peut l'admirer dans un dessin d'enfant.

"L’œuvre est donc envisagée par son auteur comme un support hallucinatoire ; et c’est bien de folie qu’il faut parler, pour autant qu’on exempte le terme de ses connotations pathologiques. Le processus créatif se déclenche aussi imprévisiblement qu’un épisode psychotique, en s’articulant selon sa logique propre, comme une langue inventée. D’ailleurs, quand les auteurs d’Art Brut s’expriment aussi par l’écriture, c’est en accommodant la grammaire et l’orthographe à leur tour d’esprit. C’est une création impulsive, ..., qui n’obéit à aucune demande, qui résiste à toute sollicitation communicative, qui trouve peut-être même son ressort à contrarier l’attente d’autrui." Michel Thévoz, tiré de "Art brut, psychose et médiumnité", Editions de la Différence, Paris, 1990, pp.34-35.


Hommage à Jean Dubuffet, donc, et à toutes les associations qui ont essaimé avec et après lui en France et ailleurs. Allez découvrir les merveilleux trésors de l'Aracine, de La Fabuloserie et, si vous êtes à Lausanne, la Collection de l'Art Brut.

Régulièrement, désormais, une notule sur un créateur d'Art Brut.

The term Outsider Art was coined by art critic Roger Cardinal in 1972 as an English synonym for Art Brut (which literally translates as "Raw Art" or "Rough Art"), a label created by French artist Jean Dubuffet to describe art created outside the boundaries of official culture; Dubuffet focused particularly on art by insane asylum inmates.
While Dubuffet's term is quite specific, the English term "Outsider Art" is often applied more broadly, to include certain self-taught or Naïve art makers who were never institutionalized. Typically, those labeled as Outsider Artists have little or no contact with the institutions of the mainstream art world and they often employ unique materials or fabrication techniques. Much Outsider Art illustrates extreme mental states, unconventional ideas, or elaborate fantasy worlds. Since 2000 the EUWARD, the European Award for painting and graphic arts by mentally handicapped artists, is providing this art with an international forum.

24.9.06

Vladimir Cosma - Insolite & Co


On connaissait bien Vladimir Cosma pour ses nombreuses musiques de films à succès (pour Pierre Richard, Louis de Funès et tant d'autres) mais beaucoup moins (voire pas du tout) pour ce disque complètement barré paru discrètement sur un label d'illustration musicale (Musique pour l'image). Le titre, Insolite & co., annonce d'ailleurs la couleur, ainsi que les titres des morceaux tous plus sublîmes les uns que les autres ( Impacts, Pavane spatiale, Psychoschisme, Obsexion...). Le compositeur chasse ici sur les terres de la musique contemporaine et concrète et réussi admirablement à rendre l'ensemble de se disque farouchement attachant et complètement hors du temps terrestre. On est convié ici à un voyage cosmique et psychédélique où les frottements de cloches répondent à des cliquetis percussifs espiègle avant de rencontrer une harpe et une contrebasse en plein dialogue métaphysique. Les mélodies répétitives et contemplatives se heurtent à une structuration jazz, le temps d'un Mecanissimo d'anthologie, avant de plonger dans un trou noir abstrait et infini. Un vrai disque narcotique qu'aucune maison de disque n'aurait le courage de produire aujourd'hui. Fascinant.
Le Chiffre /Scopia

For an english comment, follow the link to Scorebaby Annex.

23.9.06

Piero Gilardi - Tapis-Nature


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Ces petites scènes de nature idyllique sont les oeuvres d'un plasticien italien contemporain : Piero Gilardi. Exposées sous forme de tapis (au sol) ou de tableaux, les pièces se présentent comme des fragments de nature : sol d'une forêt, vagues de la mer que survolent quelques mouettes, plages de galets... reproduits à l'échelle 1/1 en polyuréthane expansé. Polychromés jusqu'au presque parfait réalisme, ils forment une succession de "tableaux" entre peinture et sculpture, entre décor et élément de design. J'aime bien ces tapis parce qu'ils font illusion un instant ; et puis lorsqu'on y regarde de plus près c'est trop beau pour être vrai. Cela rappelle les corbeilles de fruits en pâte d'amande, les fleurs en plastiques, les dessins animés en pâte à modeler du studio Aardman. Il y a dans cet artifice environnemental une volonté de coller au réel jusqu'à un certain point, mais la perfection de l'assemblage des éléments, dans l'esprit des arrangements d'ikebana japonais, ajoutée à l'éclairage, au sens du détail, à la vivacité des couleurs emmène ces tableaux dans l'univers du décor kitsch et du merveilleux. Gilardi c'est un peu comme si Disney nous refaisait un gros plan en 3D sur un coin de la forêt de Bambi.

17.9.06

Black Cat Records Sampler


Une jolie compilation italienne de library et jazz funk des années 60 & 70, préparée par le label romain Black Cat recordings, lié au magazine rétro-futuriste Il Giaguaro (dont le site semble avoir disparu).
On relève deux pièces musicales du célèbre Alessandro Alessandroni : North wind, à coloration folk, et Fuga d'amore, tout en scat rappelant les Jumping Jacques (d'ailleurs il faut que je poste une notule sur ceux-là). Les autres morceaux, pleins de la belle énergie des swinging sixties, sont d'illustrateurs sonores moins connus : Amedeo Tommasi, Remigio Ducros, Subelli, Nicelli. Un complément parfait aux sélections de perles obscures de jazz funk de la série Suono Libero, chez Irma La douce.

West India Company - Music From New Demons



West India Company est un projet éphémère et plutôt réussi associant musique et danse contemporaine (on recense un maxi Ave Maria et ce debut album qui n'aura pas de suite, à notre grand regret). Pour la musique on retrouve Stephen Luscombe, figure de la new wave des années 80, claviériste du duo Blancmange, associé ici à Peter Culshaw et Pandit Dinesh, maître en percussions indiennes. Pour la danse c'est la prestigieuse compagnie québecoise La la la human steps, dirigée par Edward Lock, accompagné de sa muse Louise Lecavalier, flamme virevoltante et rayonnant d'une énergie formidable dans les performances multimédia du chorégraphe. Entre eux l'Inde et ses sortilèges musicaux, incarnés par Asha Bhosle, diva des BO de Bollywood et une jeune chanteuse indienne au talent prometteur Priya Khajuria. La rencontre de ces artistes forme une alchimie très réussie de musiques de films, d'orchestrations exubérantes mêlant jazz, folk, fulgurances disco, samples et sons étranges des années 80, un peu comme si Art of Noise était tombé dans une marmite hindoustani (si, si). New Demons déploie une ambiance romantique et épique, à la fois sacrée et profane, à la manière des grandes fresques du cinéma indien. Appréciez les déferlements percussifs de Pandit, le très lyrique Driver chanté par Edouard Lock...et demandez le début.

Face B :
Bengalis from outer space 5.45
Pandi 6.59
Driver 3.44
Bengalis re-entry 4.58
Juggernaut Ude Cha Panchi 5.52


Having already incorporated Indian music with Blancmange's new wave grooves, keyboardist Stephen Luscombe delved into it further with the West India Company. As with Blancmange, the West India Company combined keyboard-heavy club rhythms with Indian instrumentation. The biggest difference were the vocals of Indian superstar Bhosle, which transcended the West India Company from its Western origins. The West India Company introduced Bhosle to European and American audiences who weren't familiar with her, receiving exposure on British and German television. In 1989, the West India Company released their debut LP Music From New Demons. Blancmange had already broken up by then and Luscombe took the West India Company on a U.S. tour. The group performed at 13 cities in 20 days, a cross-country road trip that left the band exhausted. Nevertheless, the group flew to a gig in Stockholm, Sweden, after leaving America. However, Bhosle became stricken with colitis before the concert. Instead of canceling it, Bhosle found the strength to sing and then spent an entire month in bed recovering from her illness. ~ Michael Sutton, All Music Guide

Davaca artiste à suivre

Davaca est un artiste brésilien à la production foisonnante, découvert sur le site de photos et collages FlickR. Si tout n'est pas génial dans ses photomontages usant et parfois abusant d'effets photoshop, sa thématique des stencils (avec leur contraste pochoir très marqué) et des collages sur Marylin et d'autres icones warholesques des années 50 et 60, témoignent d'une belle vitalité créative.


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15.9.06

Jay glaze & Pro-celebrity Golf - Three sinister syllables


Vous vous souvenez de Tape Beatles, de Negativland (années 80) ? euuhh, ou bien du patchwork de samples obscurs des 45 Midgets, dans ma notule de Juillet ... non ça ne vous dit rien ? Eh bien ces deux lascars de Manchester : Jay glaze & Pro-celebrity Golf nous offrent une longue pièce jubilatoire et du même tonneau. Trois Syllabes Sinistres est une arlequinade qui mêle art punk, avant groove. On y trouve un mélange rafraîchissant et imprévisible de vieux tubes de ABBA, Partridge Family, Barry White, Bee Gees, des bribes de hip hop, des beats de country western, des airs de latin jazz, de la pop suédoise, des perles d'Eurovision, des vieilles connaissances parfois... mais résistantes au blind test. C'est que ça va chercher loin dans les sixties & seventies, hors des sentiers battus ; donc tout ce qu'on aime chez Martian Shaker !

"Three Sinister Syllables" is a one-off project from two individuals from Manchester that respond to names of Pro Celebrity Golf and Jay Glaze. These two are basically mash-up or cut'n'paste artists along the lines of someone like John Oswald or The Tape Beatles. There are two major differences however. Firstly, they favour longer tracks as a form of expression, rather than the quick snap'n'paste that Oswald gets into. Secondly, they have an actual feeling for the beat. Every one of the eleven tracks on this record grooves. Who do they steal from, you ask. For starters, I caught extended glimpses of original ABBA, Partridge Family, Barry White, Bee Gees tracks thrown into this mad hip-hop, mash-up, groove-out break-your-back mix. But who the hell steals from Charles Mingus, I ask you? [Maybe, this is just a reflection of good taste, I suppose.] It's impossible to listen to this record with a straight face. The use of some 50's or 60's soundtracks and instructional records only add to the overall fun. A little scratching here, a lot of samples here, in the end, this is the most messed up shit to hit your speakers in a long time. If you delight in stolen machinations and like your samples thrown on fat and juicy, "Three Sinister Syllables" is definitely up your alley.

13.9.06

Juan Garcia Esquivel - Petite bio d'un grand excentrique


Surnommé le " Van Gogh de la space age pop ", le " Dr. Jekyll de l'orchestration ", ou encore le " Duke Ellington mexicain ", Esquivel, une des figures les plus marquantes des musiques excentriques des fifties, aura mérité ces comparatifs élogieux.

Self made man

Juan Garcia Esquivel est né au Mexique, le 20 janvier 1918, à Tampico. Comme de nombreux petits génies, il manifeste très tôt des dons pour la musique. Quasiment autodidacte, malgré quelques bases acquises durant l'enfance, il pratique le piano de manière empirique, et une fois adolescent, se produit gratuitement dans tous les endroits où il peut jouer. Ses parents pressentent une vocation et le laissent la développer. Lorsqu'ils déménagent à Mexico, au début des années 30, Esquivel commence à se faire connaître en jouant du piano en solo pour une radio populaire locale : XEW. Durant cette période il se familiarise avec les premières techniques d'ingénierie du son. Mais la musique reste son vrai but, avec l'intense désir d'écrire, lui aussi, une de ces chansons populaires qui passent par les ondes et qu'on fredonne dans toute l'Amérique. A 14 ans, il se donne trois ans pour apprendre tout seul l'harmonie, la composition et les arrangements. A 17 ans, pari gagné, il est déjà aux commandes d'un orchestre de 22 instruments et 5 vocalistes, gagnant des concours, jouant toujours à la radio, dans les clubs et bientôt pour la télévision naissante. A 20 ans, il est populaire en Amérique centrale. Sa réussite apparaît comme emblématique du " self made man ", réussissant à force d'audace et de persévérance. ...


Le déploiement du style Sonorama
Il a près de quarante ans lorsque, en 1957, RCA lui fait les yeux doux en négociant un pressage américain pour un de ses albums diffusés au Mexique : To love again. Désirant signer ses albums futurs, RCA demande dans quel délai le prochain album sera prêt. Esquivel répond : 12 mois de répétition pour 12 titres ! (le standard des LP de l'époque), expliquant que ses arrangements sont très complexes à assimiler pour ses musiciens, ils apprennent chaque note et chaque son par cœur…tout simplement parce qu'ils ne savent pas lire les partitions ! ! ? ? Qu'à cela ne tienne, RCA lui propose de venir enregistrer directement aux US, où il disposera des meilleurs musiciens. Esquivel signe un contrat de trois ans et part à Hollywood. Pour son premier album américain " Other worlds, other sounds " RCA lui donne 5 heures d'enregistrement. Il boucle les 12 titres en 3h1/2. De fait, Esquivel était fin prêt pour tirer le meilleur parti d'interprètes chevronnés ; il avait peaufiné ses titres au piano, connaissait ses arrangements dans leurs moindres détails. Le succès de ce 1er album américain est exceptionnel. RCA est en confiance, lui laisse les coudées franches avec 24 musiciens mis à sa disposition 8 h par jour. Esquivel peut enfin donner libre cours à sa fantaisie expérimentale : nouvelles cordes, nouveaux instruments : du theremin dans " Exploring New sounds ", des sons de bambou (My blue heaven) un Ondioline (Whatchamacallit ), un buzzimba (Lazy bones). Conscient de son talent atypique, il donne un nom à son style : " Sonorama ", mélange de prises de sons panoramiques à la sauce de ses arrangements incongrus.


Don Juan à Las Vegas
Son contrat, renouvelé annuellement, et puis d'autres, lui permettront d'exercer - dans la continuité de ce qui l'avait rendu populaire au Mexique - son talent d'entertainer de grande classe et de grands clubs. C'est le début des années 60, Esquivel signera pour jouer durant 26 semaines par an - avec un orchestre de 10 instruments - dans un palace de Las Vegas. Il n'était pas insensible aux signes et symboles de sa réussite, multipliant dans le désordre les conquêtes amoureuses, les mariages successifs et les acquisitions de voitures de luxe. Il continuera cette vie de golden patachon pendant 12 ans sur le circuit des grands clubs, de Lake Tahoe à Las Vegas, où la jet-set se croise. Ainsi il rencontre tour à tour Henry Mancini, Frank Sinatra, Ernie Kovacs, qui l'introduisent dans le gotha des artistes de l'époque. Esquivel évoquait avec admiration les musiciens (Pete Rugolo, Muzzy Marcellino, etc.) et les stars (Yul Bryner, Kim Novak) qu'il avait rencontrés durant sa carrière. Sa réussite matérielle et la séduction qu'exerçaient sur lui les vedettes démontrent assez qu'il avait conservé quelque chose de ce pianiste mexicain autodidacte, encore ébloui par la chance qui lui a été donnée de gagner ces sphères.

Art brut
D'ailleurs, après avoir publié plusieurs albums, Esquivel tentera d'intégrer la Juilliard school (le besoin de se donner une légitimité, d'améliorer sa technique, qui sait ?). Le professeur de piano qui l'auditionne découvre sa manière peu orthodoxe, écoute ses albums, et lui conseille - en substance - de ne surtout pas essayer de se départir de ses défauts, ce serait perdre un style qu'il juge d'emblée extrêmement inventif. Esquivel fut à la musique orchestrale ce que les peintres d'art brut furent à l'art académique, un franc-tireur doté d'un talent exceptionnel et d'une saine méconnaissance des règles du " bien faire ", prêt à les détourner avec un bric-à-brac entièrement personnel et une technique atypique.

Hi-fi stéréo et griffe de maître
Pas de relâche pour Esquivel : entre ses tournées, il enregistre album sur album. C'est qu'il arrive au bon moment, celui de l'essor de la stéréophonie. Après un enregistrement sur une bande 35 mm de qualité cinéma (More of Other Worlds and Other Sounds - 1961), ce perfectionniste implacable met à profit les moyens techniques et financiers que lui offre RCA pour exploiter de nouveaux modes de prise de son. Dans son album Latin-esque (1962) il place une moitié de l'orchestre dans un des bâtiments des studios d'enregistrement, l'autre moitié dans un autre. Les musiciens disposent réciproquement d'un retour audio et chaque prise est enregistrée simultanément mais sur canal séparé. Le disque est signé dans la collection Stereo Action (The sound your eyes can follow) et vous pourrez y entendre dans le désordre des gouttes de piano, des trompettes mariachi, des bongos accordés, et des zu-zing-zings de steel guitare. La consonne " Z " et ses déclinaisons musicales restera la marque de fabrique des arrangements d'Esquivel. Les chœurs féminins sophistiqués qu'il emploie dans ses prestations scéniques et ses disques poussent des " zu-zu " langoureux, agrémentés de " Boink " et de " Pooh " marilinesques.

L'usure
Les notes biographiques musicalement correctes valorisent sa période de splendeur, mais omettent d'évoquer sa décadence. Dans les années 70, à la fois l'homme et le courant musical qui l'a porté au pinacle sont dans la zone has-been. Surtout, les années de palace intensif à Las Vegas ont usé Esquivel : accoutumé à la boisson et aux drogues, il décline. Ses contrats sont interrompus. On saisit ses biens et une partie de ses droits pour régler les impayés.

3ème âge
Il revient à Mexico en 1979, afin d'écrire la musique d'un spectacle télévisé pour les enfants : Burbujas (les Bulles) obtenant un succès considérable avec plus d'un million d'albums vendus. Sa seconde période, après la tournée des studios et des palaces, le voit assagi, produisant des musiques d'illustration sonore pour des séries télévisées américaines (Kojak), ainsi que de nombreuses BO, peu connues, pour les studios Universal. Lorsque Andrea Juno et V. Vale, les rédacteurs des deux volumes de la série " Incredible strange music " l'interviewent, Esquivel apparaît comme un homme apaisé, relatant avec bonheur les temps fort de sa vie et de ses créations musicales, modeste et heureux d'avoir été dans le mood d'un courant excentrique et terriblement " grooooo-vy ". Depuis les fifties, plusieurs DJs et combos ont réexhumé, échantillonné ou rediffusé ses musiques. Les talentueux Combustible Edison relancent Esquivel en insérant, dans leur BO du film " Four rooms ", un de ses plus grands titres : Miniskirt. On le retrouve également dans la BO de " The big Lebowski " et on l'entend ici et là sans savoir que c'est lui. Dans les années 90, Esquivel est un senior encore vigoureux, mais sa santé, déjà dégradée par les excès, se détériore. Il se blesse et sa colonne vertébrale est atteinte. ll doit bientôt se déplacer en chaise roulante ; ce qui ne l'empêche pas d'épouser sa sixième femme, en l'occurrence son infirmière personnelle, en mai 2001 ! Esquivel décède d'une attaque le 3 janvier 2002. Il aura fait étinceler le courant " space age pop ", par son inventivité, ses arrangements saugrenus, dissonnants et ses créations stéréophoniques accrocheuses. Ce pianiste autodidacte, leader d'un groupe de mariachis incapables de lire des partitions, aura finalement bénéficié de la reconnaissance de son immense talent par la musique contemporaine. En avril 2002, sur son nuage tendu de velours grenat, Esquivel a dû savourer un cocktail astral en même temps que la dernière version de Miniskirt : hommage interprété par rien moins que les cordes classiques du Kronos quartet (CD : Nuevo).

9.9.06

Today I feel a little bit...strange



Quelques bizzareries musicales connues et moins connues :

Face A :

Eddie Warner - Telex
Greater than One - Why do men have nipples ?
Erik Satin - Satinesque
Le professeur inlassable - Far Too Much For A Popular Public
Harry Nilsson : Put the lime in the coconut
Gautier/Foy - La croisière immobile (extrait)
Hosono - Box
Le tone - Expression du domaine de la lutte

6.9.06

Jean-Léon Gérôme - Peintre orienté


Harem


Le marchand de tapis


Bashi-Bouzouk noir


La Grande Piscine de Bursa


Le bain

L'exposition parisienne actuelle sur Pierre Loti donne l'occasion de voir une toile de Jean-Léon Gérôme (1824-1904), par ailleurs considéré comme un peintre de commande, livrant de belles scènes dans un style académique, réaliste et grandiloquent, mais sans véritable innovation sur le plan pictural. Il est vrai que Gérôme, embourgeoisé et au fait de sa notoriété dans les années 1860 s'assied un peu sur ses lauriers académiques au lieu de rester ouvert au fourmillement des idées nouvelles. Vieillissant dans les années 1890, il reste arc-bouté à des codes esthétiques classiques, qu'il maîtrise avec virtuosité. Et puis il y a eu cette grosse erreur de jugement, que l'histoire de l'art ne lui a pas pardonnée : il est resté imperméable au talent dans les toiles de Courbet, Manet, Caillebotte, Pissaro. Son attitude réactionnaire vis-à-vis de l'impressionnisme et de la révolution subjective qu'apporte le regard de ses peintres, lui vaudra une large baisse de popularité et un égal rejet de la part de la critique du XXème siècle. D'où l'oubli du bonhomme et de ses toiles, jugées complaisantes.
Je ne partage pas cet avis. Son talent est celui d'un ethnographe, d'un archéologue, d'un voyageur au pinceau photographique... pas d'un révolutionnaire de la peinture ; il n'a pas eu le pressentiment de la beauté des impressionnismes, soit. Après tout - aujourd'hui - combien de compositeurs sexagénaires nourrissent un secret mépris pour la techno ou l'électro ?.
Gérôme n'a cessé, dans sa première période, de sillonner les mondes arabes, de croquer des scènes de la vie courante, en Turquie, sur les bords du Danube (1854) et en Egypte (1857). Il a su à merveille restituer la lumière diffuse dans la pénombre des harems, les corps un peu gras des femmes au bain turc, les merveilleuses couleurs des tapis, des soieries et des étoffes, des carreaux et des zelliges de l'art oriental.



Gérome, whose father was a goldsmith, studied with J.-H. Delaroche. His historical and mythological compositions, such as “Pygmalion and Galatea” (Metropolitan Museum of Art, New York City), were anecdotal, painstaking, often melodramatic, and frequently erotic. The surfaces of his paintings were highly finished, and he was fascinated with technical virtuosity. He was a good draftsman in the tight linear style of Jean-Auguste-Dominique Ingres and an inventive illustrator in the manner of Delaroche. A trip to Egypt in 1856 introduced an exotic element into his painting—e.g., “Prayer in the Mosque of 'Amr, Old Cairo” (c. 1860; Metropolitan Museum of Art). During the last 25 years of his life he concentrated on sculpture. As a teacher at the École des Beaux-Arts, he counted among his many pupils Odilon Redon and the American artists Thomas Eakins and J. Alden Weir. A highly successful artist, Gérome exerted great influence in the Paris art world. He was exceedingly hostile to the Impressionists and, as late as 1893, urged the government to refuse a bequest of 65 of their works.

4.9.06

Cal Tjader - The Prophet



Il est urgent de mettre en partage cette pépite méconnue de l'excellent vibraphoniste Cal Tjader - dont j'ai déjà parlé, (découverte dans le blog de Orgyinrythm décidément plein de bons disques), et acquise par mes soins pour une somme modique dans le "vide-grenier mondial", j'ai nommé ebay.
The Prophet est enregistré en 1968 pour Verve à New York. Le son y est extrêmement séduisant et, s'il s'apparente à une production de jazz lounge, c'est que l'arrangeur Don Sebesky y a laissé sa griffe en matière de choix instrumentaux - flûte (Hubert Laws), violons, percussions dosées et moins en avant que dans les albums plus latin jazz. L'élégance des mélodies (Warm song, Time for love) est à mettre au crédit de Joao donato avec qui Tjader avait envie de travailler depuis longtemps. Tout ça sans oublier l'efficacité du swing (Cal's Bluedo, Souled out), et les accompagnements de choeurs féminins très wwhhoo wwhhoo et chabada (The prophet, Temo Teimoso). Un pur délice !

1 Warm Song
2 Souled Out
3 A Time for Love
4 The Prophet
5 Aquarius
6 The Loner
7 Tema Teimoso
8 Cal's Bluedoo

This is an ecstatically beautiful album " wrote Herb Wong in the sleeve notes to this 1969 Cal Tjader lp.And I think he was right-I love this record .Cal got Joao Donato in on piano for this one who also wrote "Warm Song","Aquarius" and "Temo Teimoso"for the session.Cal knocked out "Souled Out",The Prophet""Cals Bluedo"and "The Loner" and added the standard "A Time for Love".He then added strings and vocals into the mix with the usual percussion / rhythm section and the combination works wonderfully as arranged by Don Sebesky.Moving from the swinging groove of the title track to the funky sound of Souled Out to the bossa influenced Donato input this lp hits the mark on every track .Beautiful jazz but also one for the lounge lovers. Orgyinrythm

2.9.06

Claude Chabrol - Alice ou la dernière fugue (1976)


Par une nuit noire, une voiture roule sous une pluie torrentielle, dérape et vient percuter un obstacle. Alice, la conductrice, sortie miraculeusement indemne, se met à la recherche d'un abri. La lumière d'une maison isolée l'attire, son propriétaire semble la connaître et l'invite à passer la nuit. Le matin venu, elle se retrouve seule. Déconcertée, Alice veut quitter les lieux, mais la fuite s'avère impossible, tous les chemins empruntés la ramènent à son point de départ...

Avec Alice ou la dernière fugue, Chabrol nous plonge dans les années 70. La belle Silvia Krystel y est mise à nu (un peu) mais révèle aussi, outre sa plastique, des qualités rares d'émotion et de sensibilité. On y retrouve aussi André Dussollier, jeune homme (en pantalon blanc moule burnes patte d’ef'), ainsi que le formidable Charles Vanel (déjà âgé) en châtelain mystérieux.
Le fantastique se diffuse à travers peu de choses dans ce film : une atmosphère, un personnage féminin esseulé, à l'érotisme froid, une musique suggestive, des effets spéciaux un peu naïfs, à la « Truca », d’avant le numérique (mais qui fonctionnent parfaitement). Et voilà que la poésie de l'étrange se déploie dans le suspens de ce manoir où le temps et l'espace semblent connaître d'inquiétantes altérations. Les référence abondent Lewis Carroll bien sûr, mais aussi La Belle et la bête, pour la clôture fantastique de la propriété et le mystère de ce vaste manoir où tout lui vient à point nommé. Lointaine ressemblance, également, avec un épisode des Avengers où Emma Peel est enfermée dans un maison dont on ne sort jamais : « The House That Jack Built ».
Alice ou la dernière fugue reste une remarquable méditation sur la thématique de Through the Looking-Glass de Lewis Carroll et sur l'entre-deux-mondes qu'est le cinéma.

Miharu Koshi & Harry Hosono Jr. - Swing Slow


Miharu Koshi interprète de vieilles chansons françaises, revisitées entre cabaret et poème incongru. Dès les années 80, elle est devenue la collaboratrice quasi-attitrée d'Haruomi Hosono dans ses explorations exotiques et régressives. Un disque qui fonctionne un peu comme le catalyseur d'une machine à remonter le temps. Deux chansons oubliées, adaptées en duo sur fond de chœurs sirupeux, d'orgue Hammond et de piano kitsch, font mouche : I'm living it all up to you et Goodmorning, Mr Echo (Miharu Koshi fait l'écho, de sa voix fluette - voir l'extrait de concert en duo acoustique ci-dessous). L'accordéon d'une java parisienne accompagne des râpements de racleur, l'orgue se barre en joyeuses échappées solo, les percussions se lâchent en longues impros jazzystiques (Disappeared), bref le grand jeu de l'orchestre swing des années 50. Pure illusion : Hosono en est presque à lui seul l'homme-orchestre, avec sa palette hyperréaliste de synthés et d'échantillonneurs. Au fur et à mesure que les titres se déroulent, égayés par des interludes plus expérimentaux, se dégage une impression d'étrangeté irrésolue. On pourrait citer l'étonnante technique de chant de Koshi, ou encore les rapprochements inouïs d'époques et d'instruments, les bruitages loufoques d'un Spike jones ou d'un Dean Elliott, sans parvenir à saisir totalement le mystère de cette alchimie rétro-kitsch.

Rip access mp3

1. WESTERN BOLERO Music by Miharu Koshi/Lyrics by M.Koshi & So-si Suzuki
2. TIME SCAN 1 Created by Haruomi Hosono
3. I'M LEAVING IT ALL UP TO YOU Words & Music by Don Harris & Dewey Terry Jr.
4. DISAPPEARED Music by Miharu Koshi/Lyrics by M.Koshi & So-si Suzuki
5. HOTEL ETOILES Music by Miharu Koshi
6. SNOW WAVE Music by swing slow
7. YUKI-ya-konko Japanese traditional song/Addapted by swing slow
8. GOOD MORNING, MR.ECHO Words & Music by Belinda & Bill Putnam
9. CAPYBARA Music by Miharu Koshi/Lyrics by M.Koshi
10. VOO DOO SURFER Music by swing slow
11. TIME SCAN 2 Created by Haruomi Hosono
12. PARADISE, VER.2 Music by Haruomi Hosono/Additional note by Miharu Koshi

This is a retro lounge album. It's cute and funny. Good Morning Mr. Echo cracks me up with HH singing and Miharu providing the voice of Mr. Echo. Sometimes there is clever use of synths substituting for lounge instruments.

Stephen Anderson - Artworks

Mon goût pour les collages a trouvé dans le site Flickr.com (en lien dans la marge droite) une mine inépuisable de créations. Voici aujourd'hui quelques photographies des montages visuels en 3 dimensions et des collages de Stephen anderson, qui ressort largement du lot des propositions plus ou moins intéressantes que l'on peut trouver dans ce site.
Effets de superposition bien construits, originalité et humour, jeux avec des illustrations d'un autre temps, rapport texte image fertile en interprétations, voici un artiste qui mérite d'être suivi dans ses photomontages.


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1.9.06

Introducing the psychedelic soul jazz guitar of Joe Jones


Guitariste mineur dans la galaxie du jazz, où il n'eut jamais la reconnaissance qu'il méritait, - le surnom de Boogaloo lui ayant été donné pour éviter la confusion avec quelques "Joe Jones" plus célèbres - Ivan "Boogaloo" Joe Jones n'en reste pas moins brillant dans le courant soul jazz des années 1966 à 78, avec une poignée d'albums pour le label Prestige - où il livre un jeu rapide, souvent empreint d'un feeling blues mais avec un solide sens du groove. Notamment dans ce LP où il interprète - sous roulements de congas - un "Mindbender" emprunté au répertoire de Ray Charles ; une version funky du titre de Donovan "There is a mountain". Dans "Games", un morceau écrit par Joe Jones, l'orgue domine l'ensemble avec un tempo proche du superbe "Nuther'n Like Thuther'n" de Willis Jackson, avec qui Joe Jones a d'ailleurs collaboré. Rien ne se perd, surtout dans les bonnes marmites !

(a) - Ron Carter : bass ; Ben Dixon : drums ; Richard Landrum : congas & bongos
(b) - Limerick Knowles Jr : organ ; Alexander Whiterspoon : fender bass ; Bud Kelly : drums.

In the short decade (1966-78) he recorded and performed, guitarist Ivan "Boogaloo Joe" Jones was never really given his due as an exciting, rapid-fire R&B plecterist. His sound and style clearly derived from the blues. But it was a solid understanding of rock that Jones brought to his style of jazz. The result, outlined on a handful of albums for Prestige, was a healthy mix of finger-licking funk, sweet-natured soul and infectious blues.