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5.10.08

Bernice Myers - Les Quatre Musiciens





Parmi les illustrateurs de livres pour enfants, j'ai une prédilection toute particulière pour Bernice Myers, (Wikipédia ne lui a pas rendu hommage, et la bio de cet illustrateur reste encore difficile d'accès). Je feuillète de temps à autre Les Quatre Musiciens (quelques pages ci-dessus) et espère dénicher un de ces jours Voilà le Facteur ; car je me régale de ses histoires un peu naïves, des personnages colorés et de son graphisme anguleux, dans le style des années 60, qui me rappelle lointainement le travail de l'immense Jim Flora (voir catégorie graphisme). Merci au blog Fun all around, qui m'a permis de faire l'économie de ces scans. Many thanx to Fun all around for the scans !

18.9.08

Les nuits de l'Epouvante - Dargaud


Deux jours après avoir lu dans Chronic'Art un petit billet bien tourné sur cette BD intrigante et qui m'était inconnue, je la trouve par hasard dans une librairie d'occase parisienne. Aubaine ! Les trames narratives sont relativement basiques mais chaque histoire, assez courte, décolle très vite dans une direction horrifique imprévisible. Momies, hallucinations, chats pervers, rencontrés par un héros dandy appelé sur tous les fronts du macabre. Le traitement graphique est, paraît-il, sous des noms d'emprunt fantoches, assuré par "l'immense José-Maria Béa", collaborateur de Warren Publishing, à l'origine des fameux Barbarella. Son style de BD est empreint de thèmes symbolistes et de cauchemars psychédéliques, restitués par des couleurs saturées, flashy, par une représentation du surnaturel qui rappelle lointainement les délires graphiques et chromatiques des meilleures pages de FRED et sa BD Philémon.



15.9.08

Plonk & Replonk - La face cachée du Léman



Trouvé donc chez nos amis du Lièvre de mars (la librairie en dessous), ce subtil opuscule de collages illustrant de prétendus Mythes, légendes et sornettes sur le Léman. L'ouvrage est réalisé par le collectif de graphistes et éditeurs suisses Plonk & Replonk à l'aide de vieilles cartes postales, avec un humour surréaliste de la plus belle eau.




Le lièvre de mars


Très agréable surprise que cette petite librairie, nouvelle dans le quartier de La Plaine, rue des 3 mages à Marseille. On y trouve d'un côté une large sélection d'ouvrages de référence sur la typographie, le graphisme, l'art contemporain, plus différents livres d'artistes numérotés et autres merveilles sérigraphiées ; de l'autre un éclectisme de libraire avisé, amateur de surréalisme, d'érotisme et d'autres écrivains appréciables, modernes et anciens. Au fond une vieille presse d'imprimerie, genre Heidelberg, attend que ses nouveaux propriétaires la bichonnent pour dérouler des kilomètres d'aventures poétiques derrière sa locomotive à encre.
Cliquez sur le titre de cette notule et vous serez transporté jusqu'au site de le lièvre de mars ! 21 rue des 3 mages - 13001 Marseille. 09 50 45 51 13.

4.9.08

Denis Jourdin - Frissons d'espace


De cet auteur français né à Sancerre en 1950, actuellement professeur à l'École supérieure des Beaux-Arts de Tours, je n'ai que la troisième de ses BD, sortie chez Futuropolis en 89, une savoureuse histoire de savant qui tombe amoureux d'une espionne de l'Est...
Voici quelques planches de son dessin original, ludique et déstructuré, ses drôles de personnages, avec des mots en guise de bouche.





2.7.08

Stéphane Kiehl - Y a un truc !



L'illustrateur, graphiste et plasticien Stéphane Kiehl, je l'ai découvert à travers un livre éclatant de couleurs et d'images, Y a un truc !, publié aux Editions du Rouergue.
Le titre, homonyme d'une émission célèbre, est un hommage à Gérard Majax, le magicien qui fascinait les enfants des années 70-80. Stéphane Kiehl y met en scène un magicien moustachu, Bernard Majox, et s'emploie à démystifier son numéro de magie en expliquant, via différentes planches parsemées d'images infantiles, que des petits extraterrestres transparents sont à l'oeuvre pour tromper le public.
Hilarant, coloré, virtuose de graphisme, amateur de personnages de BD, de vieilles réclames détournées et de dessins foutraques, Stéphane Kiehl se paie le luxe d'une double page de blagues régressives assorties d'onomatopées.

17.5.08

H. Harrison et J. Burns - Planète Story


Encore une merveille de récit SF illustré, trouvée pour une bouchée de pain chez un bouquiniste. Planète Story, traduit de l'américain en 1979, a été publié chez Denoël en un beau livre plein d'images fantastiques, de vaisseaux, de monstres, d'humains coriaces et de sensuelles aventurières aux justaucorps trop étroits. Le format carré et l'hyper-réalisme du dessin, pourléché à l'aérographe, explosent le cadre et le rendu chromatique médiocre de mon scanner.

Le ton est à la fois sérieux et coquin, au second degré (comme on le voit rarement en SF - sauf chez Philip José Farmer). L'ensemble respire à plein nez cet esprit libertaire des seventies, mélange d'humour, de notations sexuelles et de délire graphique. Car les illustrations de Jim Burns, somptueuses, valent à elles seules les quelques euros de cette épopée jubilatoire sur la planète Strabisme.




Un avant goût avec un extrait des premières pages.

On trouvera une bio assez complète de Harry Harrison sur le site Imaginales.

3.2.08

The Moldau - Berliner Philharmoniker




De ces trois affiches trouvées sur le net (annonces des concerts du Berliner Philharmoniker en 2007), là encore d'une grande simplicité et efficacité graphique, je me suis demandé pourquoi The Moldau était celle qui me plaisait le plus. De prime abord l'exploitation des notes de musique en déferlantes marines rappelle la belle idée graphique (traitée en underwater) du studio Shinmura Design Office - voir plus bas dans ce blog. Mais il n'y a pas que ça, en cherchant encore on peut constater que le dessin de ces vagues emprunte son harmonie à une iconographie particulière, celle des célèbres marines de peintres japonais, notamment Hiroshige et Hokusai (respectivement à gauche et à droite ci-dessous), qui ont excellé dans la restitution des courbes de vagues et crêtes d'écume.

20.1.08

Geoff Lillemon - Oculart





Si vos synapses sont stimulées par le surréel, les photomontages de Rougemont, Hugnet ou Lefrancq, si vous jubilez à la pensée de la langue de Tristan Tzara rencontrant la sensibilité picturale de Francis Bacon et de Salvador Dali ; si vous voulez vous figurer la mystérieuse région d'Arkham à travers le prisme d'un Lovecraft sous acide, alors rendez-vous à www.oculart.com. C'est une expérience sensorielle totale, synesthésique : musique inquiétante à souhait, images fantastiques et troublantes, superbes couleurs dégradées. Et tout ça en animation bien sûr ! Geoff Lillemon, le créateur du site, mérite une médaille en tant qu'exceptionnel excentrique de la cyber-ville. (Librement adapté d'un texte sur http://www.ciac.ca/magazine/archives/no_17/site.htm). Cliquez sur le titre de cette notule pour accéder à Oculart.

Oculart is a playful and visionary Internet Art piece that transcends the everyday, using Flash in a way that stuns one's expectations and emotional reasoning. One cannot help but get lost and caught up in its seemingly never ending mezmerization. With an accompanying soundtrack reminiscent of Holger Czuckay's 'cannaxis', originally inspired by Stockhausen; slow hybrid, layered soundscapes with distant voices haunting the mind. It's like hearing the lost souls of chanting transubstiated beauty, wrapped with a sense foreboding, shadowed with the inevitable end. Oculart is a fascinating and surreal experience, declaring a kind of honest visceralness. Mixing dreams, images of objects and people, with poetic text entwined within the structure of the interactive site. A psychological and seductory epxerience that leaves you with a feeling of elation, beauty, darkness and that awkward bedfellow - fear.

15.1.08

新村デザイン事務所/Shinmura Design Office


Je persiste à croire que les trouvailles visuelles les plus simples sont souvent les plus réussies. Comme cette création d'un bureau de design japonais : des lettres (mais aussi du sens, non traduit ici), tombant d'un plan graphique vertical, à deux dimensions (à la manière des désormais célèbres glyphes du générique de Matrix), dans un espace à trois dimensions, un volume d'eau, où l'écrit semble se dissoudre, comme dans un fluide matriciel (antérieur au langage) ou babélien (la dilution dans la confusion). Le jeu de contraste entre le haut (noir & blanc) et le bas (gris dégradé) accentue cette impression de dissolution chromatique des lettres.

6.9.07

Jacques Rougemont - Histoires feintes





Je découvre avec délectation l'univers joyeusement macabre et iconoclaste de Jacques Rougemont, artiste cryptique s'il en est (l'internet ne fournit quasiment rien à son sujet). Rougemont nous offre une flambée de collages digne des surréalistes des années 50, à travers un univers visuel haut en couleurs, fantasmagorique, bizarre. Son bestiaire fait de rongeurs et de singes, d'écorchés d'anatomie, de paquets de viscères, taquine volontiers celui qui dit "ceci est mon corps, ceci est mon sang", et toute l'imagerie pieuse du siècle dernier.


L'ouvrage présente en pages centrales une série excellente de collages en noir & blanc, sur la base d'illustrations au trait, courantes aux débuts de l'imprimerie. Les collages figurent en grande partie les scènes d'un cabinet de curiosités, comme si foetus, limaces, cervelles, étaient la matière première d'un bestiaire monstrueux mi glaçant, mi hilarant.
A déguster sans modération. L'ouvrage est édité par les éditions d'art contemporain et Capharnaum. Il est disponible à la librairie Un regard moderne 10, rue Gît-le-Coeur - 75006.

14.5.07

Georges Hugnet - Collages





Saluons l'arrivée de Losfeld dans les blogs de Martian Shaker, avec un premier texte sur un prince du collage surréaliste.

Georges Hugnet (1906-1974) est de ces poètes qui opèrent dans les recoins que l’on aime à découvrir, des années ou des siècles plus tard. Recoins de la littérature, de la dramaturgie, de la critique et des arts graphiques. Il n’acquerra jamais la notoriété des plus grands malgré une œuvre riche et intrigante. Son théâtre d’amour et de rêve se joue loin des feux de la rampe, avec lesquels il allume sa cigarette, qui ne finira de se consumer que lorsque les livres et les curieux auront disparu.
Repéré par André Breton pour son approche du mouvement Dada, il intègre le groupe surréaliste en 1932 et, comme la plupart des membres de ce foisonnement hétéroclite d’allumés et de génies, il subira une exclusion et de nombreuses brouilles avec le fondateur.
Peu importe aujourd’hui les querelles d’alors, son travail témoigne d’une liberté d’esprit qui se moque des étiquettes, des modes et des classifications. Seul un grand souffle de liberté l’anime et l’amène aux confins de l’étrange beauté des carrefours. Dans son œuvre graphique en effet se mêlent de multiples éléments qui feront de lui l’un des maîtres incontestés du collage et du montage poétique, aux côtés de Max Ernst et de quelques autres. Comme le souligne Timothy Baum, les collages d’Hugnet se subdivisent en trois catégories : « les images sans mots », dont les motifs sont puisés dans une multitude de sources allant du magazine à l’almanach ; les œuvres associant mots et images, formant ainsi des poèmes-collages d’une force évocatrice sans limites ; enfin, des associations de collages et de « décalcomanies à la gouache », technique découverte par Oscar Dominguez en 1934.
Ainsi se déploie l’éventail imaginaire d’Hugnet, faisant surgir des femmes nues enchaînées dans une brume lugubre, surprenant des prêtres lorgnant en douce de jolies jeunes femmes, ou nous laissant observer le spectacle d’une fin d’orgie lesbienne en plein cœur d’une forêt.
Les éditions originales de ces petits univers bizarres sont aujourd’hui des pièces de collection rêvées pour tout amateur de merveilleux surréaliste. La plus connue d’entre elles est probablement La septième face du dé, avec une couverture de Marcel Duchamp.
Louons les éditions Léo Scheer pour avoir fait paraître en 2003 un sublime ouvrage richement illustré des collages de cet insoumis aux mille images, accessible ici.
Losfeld



Georges Hugnet, French poet, collage artist and critic, was born in Paris in 1906. He spent most of his early childhood in Buenos Aires, Argentina, and in 1913 returned to Paris Hugnet’s early rebelliousness eventually developed into a combative, stubborn nature causing quarrels with publishers, other artists, poets, friends, and family throughout his life.
Hugnet was a man of many talents and dabbled in a variety of artistic pursuits including poetry, editing, publishing, translating, film and play writing, acting, rare book collecting, and book binding design until his death in 1974.
Influential friends and mentors played an important role in Hugnet’s career. In 1920, he developed a friendship with his downstairs neighbor Marcel Jouhandeau. Jouhandeau influenced the young poet Hugnet and introduced Hugnet to his hero Max Jacob. During this time, Hugnet was also befriended by a number of other influential artists of the early 20th century, namely Joan Miró, Marcel Duchamp, Pablo Picasso, Tristan Tzara, Man Ray, and Jean Cocteau. With financial backing from his father, a furniture manufacturer, Hugnet established the publishing company Les Editions de la Montagne with the intent of publishing his own works and the work of his close friends including Tristan Tzara, Pierre de Massot, and Gertrude Stein.

In the 1930s Hugnet became involved with the Surrealist movement. André Breton, the self-declared "Pope" of the Surrealist movement, became interested in Hugnet after reading an article titled "Spirit of Dada in Painting" that Hugnet had written. When a mutual friend of both men, Tristan Tzara, introduced them, Hugnet became one of the Surrealists. He continued contributing to the Surrealist movement until 1939 when Breton "excommunicated" Hugnet for his failure to cease his friendship with former surrealist Paul Éluard.

1.5.07

Jim Flora - Pochettes de disques / Covers & Artwork








Je ne me lasse jamais d'admirer les pochettes de disques de Jim Flora. C'est probablement dans son genre le meilleur illustrateur des sixties ; celui qui réunit à la perfection le sens de la couleur et de l'à-plat, le cocasse cubiste, la déconstruction des corps, et le mouvement sautillant des premiers cartoons. Ses illustrations ressemblent à des instantanés d'un dessin animé merveilleux. On est à deux coups de crayon des Aristochats dans leur sarabande de jazz, ce jazz qui devient chez Flora un jeu d'enfants ; ça trompette et ça cabriole, ça swingue au fond des petits toms (Gene Krupa), et ça donne ce chef d'oeuvre de la pochette lounge : Mambo for cats. Mais derrière ce style naïf et ludique, il y a aussi une face piquante et plus sombre, qui s'exprimait davantage dans ses travaux personnels, comme on peut le voir dans le dessin ci-dessus, couverture d'un ouvrage d'Irwin Chusid. De fait Jim Flora faisait volontiers du macabre sa tasse de cruauté.

Jim Flora se destinait à la fin de l'adolescence à une carrière d'architecte et il gagna en 1933 une bourse d'études la Boston Architectural League. Mais en pleine Dépression, il ne trouva rien d'autre pour subsister qu'un job de factotum dans un restaurant qui l'assommait de travail 7 jours sur 7 ... et incapable de trouver le temps de se consacrer à ses études, la bourse fut versée à un autre.
Mais le gars est du genre persévérant... écoutez-ça : un an après il avait économisé de quoi entrer à l'Académie des Arts de Cincinnati, où il obtint son diplôme en 1939, et débuta son activité d'illustrateur. C'est sa passion pour le jazz qui l'incita à adresser à Pat Dolan (alors directeur de la publicité chez Columbia) des ébauches de dessins pour leur réédition de disques de jazz. Dolan apprécia tellement ses travaux qu'il l'embaucha en 1942 pour prendre en charge l'édition des pochettes et Flora devient directeur artistique en 1943, embauchant lui-même de nouveaux talents de l'illustration, tels que Robert Jones, Jim amos et Sydney Butchkes. Lorsque la Columbia promut Flora directeur de la publicité, puis directeur des ventes, postes qui le rapprochèrent rapidement du profit mais l'éloignèrent aussi vite de la création, la situation ne lui convenait plus. Il quitta le label en 1950 et emmena sa famille dans un périple au Mexique, jusqu'à Taxco, où il s'installa pour se consacrer à la peinture.
Il était à l'époque un des premiers admirateurs d'artistes mexicains, tels que Diego Rivera (l'amant de Frida Kahlo), Orozoco, Siquerios et Taymayo. L'influence de ces artistes, combinée à celle du surréalisme et du dessin animé naissant, fut au coeur de ce qui devait devenir son style. De retour chez lui à Rowayton, dans le Connecticut, il travailla en tant que freelance, auprès de Leo Leonni, pour illustrer les pages du magazine Fortune. Il donna durant cette période, entre 1954 et 1956, notamment pour RCA Victor, plusieurs de ses plus belles pochettes de disques ; avant que le style Flora ne passe de mode pour l'illustration musicale et qu'il ne recycle son art espiègle pour des livres d'illustration destinés aux enfants.


James (Jim) Flora is best-known for his wild jazz and classical album covers for Columbia Records (late 1940s) and RCA Victor (1950s). He authored and illustrated 17 popular children's books and flourished for decades as a magazine illustrator. Few realize, however, that Flora was also a prolific fine artist with a devilish sense of humor and a flair for juxtaposing playfulness, absurdity and violence. Cute — and deadly.

Flora's album covers pulsed with angular hepcats bearing funnel-tapered noses and shark-fin chins who fingered cockeyed pianos and honked lollipop-hued horns. Yet this childlike exuberance was subverted by a tinge of the diabolic. Flora wreaked havoc with the laws of physics, conjuring flying musicians, levitating instruments, and wobbly dimensional perspectives.

Taking liberties with human anatomy, he drew bonded bodies and misshapen heads, while inking ghoulish skin tints and grafting mutant appendages. He was not averse to pigmenting jazz legends Benny Goodman and Gene Krupa like bedspread patterns. On some Flora figures, three legs and five arms were standard equipment, with spare eyeballs optional. His rarely seen fine artworks reflect the same comic yet disturbing qualities. "He was a monster," said artist and Floraphile JD King. So were many of his creations.