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26.7.08

Steve Shehan - Indigo Dreams


Steve Shehan est une des trois facettes de l'excellente formation Hadouk Trio, mais son oeuvre solo, moins connue, est aussi hautement recommandable. Depuis près de 20 ans, le plus "frenchy" des percussionnistes américains fait parler les fûts, peaux, cloches et baguettes de sa collection d'instruments rapportés du monde entier. La diversité de son inspiration, de ses influences et collaborations, infusent sa musique de tonalités exotiques, et font résolument de Steve Shehan un musicien du voyage, parcourant le monde, à la recherche de sonorités qu'il recompose en studio, avec le talent d'un orfèvre des sons.
Ce quatrième album est inspiré de "La nuit Indigo" de Satyajit Ray,
"flash épicé cueilli au détour d'un village de brousse, ou fresque étalée dans une permanence rythmique, chaque morceau avance dans une foisonnance instrumentale, où claquent les peaux des djembés, des darboukas et des kendangs, scintillent les cloches et les cymbales, battent les fibres boisées des angklungs, se creusent les harmoniques des poteries sonnantes, et luisent les vagues dorées des gongs."
Bruno Heuzé, in Crystal Infos, 1996.

The surveyor of the planet...Steve SHEHAN has the unique gift of being able to gather together all the flavors of the voyage, and to cook them together in the great cauldron of his vibrant percussion...What is revealed here is well beyond world-music, it's the music of a citizen of the entire world. So said Keyboards magazine. This American living in Paris is of mixed Cherokee and Irish extraction. His taste for exploring the world and its music has produced one of the most interesting contemporary percussionists.

31.3.08

Tibet au coeur du Losar - Caroline Barraud





Un ami m'a offert il y a deux mois le beau livre de textes et de photos de Caroline Barraud. Son périple est un voyage de cinq semaines - effectué durant l'hiver 2002, avec un guide (Diki) et un chauffeur (Tumé), à travers les hauts plateaux tibétains. Quant au Losar, il s'agit du Nouvel an, fêté en "février" 2129 selon le calendrier lunaire tibétain. Je le feuillette à nouveau ce soir, à l'aune des persécutions qui continuent de dégrader la vie et la liberté du peuple tibétain. Mais le propos de Caroline Barraud est ailleurs. Sa relation de voyage reste centrée sur les rencontres humaines, à Lhasa, dans les villages, les chemins de montagne, sur la découverte des coutumes, des pratiques alimentaires, religieuses. Si bien que la lecture en est agréable, qui mêle la simplicité d'une description quasi ethnologique à des moments de forte empathie (les rencontres), de contemplation (la nature) et de pure poésie visuelle (les photos sont superbes). Et si le point de vue de Caroline Barraud a le mérite d'éviter de tomber dans le misérabilisme ou la victimisation, on peut se demander pourquoi son récit passe quasiment sous silence la souffrance culturelle et politique de cette société, une souffrance qui pourtant ne date pas d'hier. L'expérience de Caroline Barraud et le document qu'elle en rapporte n'en restent pas moins une initiative belle et courageuse, loin des clichés touristiques, qui nous fait vivre de plus près le quotidien des Tibétains.
Tibet au coeur du Losar, Caroline Barraud, Editions CBarraud, 256 pp.
Le livre a été édité à compte d'auteur, et une partie des revenus servira à aider les enfants d'une école de village. Vous pouvez joindre Caroline Barraud par mail à l'adresse : cbaraud@free.fr.

28.6.07

Vitold de Golish – 15 ans d’aventures aux Indes


Autant le dire tout de suite, si vous ouvrez un de ses nombreux récits d’expédition aux Indes (le pluriel a une délicieuse saveur dixneuviémiste), vous n’y trouverez ni la profondeur d’analyse ethnographique d’un Marcel Mauss, ni le dessin magnifique d’un Delacroix, ni le talent et l’érudition d’un Morand pour transfiguer ses voyages extrêmes-orientaux en vastes fresques historiques.

C’est donc que l’attrait de Golish est ailleurs. Il y a d’abord l’homme : un aventurier-dilettante, vivant - à l’autre bout du monde - de l’incertaine générosité d’éditeurs français, comme lui amoureux de la beauté des temples et de l’architecture (et pour qui il reproduit des bas-reliefs, calque des fresques au cordeau, envoie des photos par paquets) : le job de base. Les subsides viennent à manquer ? Qu’à cela ne tienne, le voici à point nommé invité par quelque grand rajah, ailleurs embauché comme architecte urbain (histoire de se refaire) ; ou encore installé auprès de moines bouddhistes et vivant 6 mois durant à leur rythme.

Il y a ensuite le rythme : car ce type ne se prend pas pour un ethnologue, c’est juste l’arpenteur pressé d’une civilisation mythique. Le voilà donc qui repart, traverse l’Inde en train, tombe sur des rituels, se fait grand reporter d’un jour, prend l’avion pour rejoindre encore un Maharajah et le suivre dans ses fastueuses pérégrinations, mi-confident, mi-profiteur. Deux jours après il affronte les flèches de tribus sauvages ; trois chapitres plus loin, l’attaque d’éléphants, et ainsi s’ensuivent d’innénarrables aventures toutes plus pittoresques les unes que les autres et qui ont probablement fait palpiter l’imaginaire des lecteurs du Reader’s Digest dans les années 60. La narration aborde tous ces sujets avec simplicité, restituant l’étonnement, les craintes, l’émerveillement, et toujours cette extraodinaire diversité sociale et cultuelle de la civilisation indienne, expliquée avec une discrète érudition.

Au fond, c’est le naturel et l’infatigable vitalité aventureuse de Golish qui plaît, cette image d’un temps où un homme passionné, ayant pour seules ressources 3 sous et un paquet d’audace, pouvait encore en découdre avec l’exotisme. Un des derniers explorateurs, à la fois de notre temps (la technologie l’accompagne : appareils photo sophistiqués, véhicules en panne...), et d’un temps aujourd’hui révolu, car les chasses au tigre, les Rolls plaquées or et les cours princières ne se voient plus qu’à Bollywood. Alors rien ne lui plaît plus que de se poser quelque part, capter l’instant (la vie et les mœurs des communautés) ou la durée (les temples millénaires), brosser à gros traits un tableau local ; puis repartir, découvrir, encore plus loin, Srinagar, cette ville aux jardins flottants ; et encore plus loin cette peuplade isolée dont on dit qu’elle possède les plus beaux temples….

23.4.07

Bana canta a magia de Cabo Verde


La rencontre d'un artiste avec ses publics à l'international est le lieu d'une alchimie mystérieuse. Allez savoir pourquoi l'italien Paolo Conte a fait un tabac en France et se trouve un peu boudé dans son propre pays ; pourquoi le capverdien Bana qui promène ses chansons depuis 50 ans au Sénégal et au Portugal, qui a mis le pied à l'étrier de Cesaria Evora, reste méconnu en France alors que la mamie régale l'Europe de sa saudade insulaire et poignante. Il est vrai aussi que Bana a eu tendance à circonscrire sa carrière au Portugal ; producteur madré, il n'a pas forcément été le généreux mécène des chanteurs capverdiens que laissent croire quelques bios politiquement correctes ; enfin le temps passe, de nouvelles voix du Cap-Vert apparaissent, qui font certainement de plus belles 1ère de couv. Pensez-donc, Bana contre Lura ou Mayra Andrade, y a pas photo !
J'ai découvert Bana dans un documentaire sur Arte il y a quelques années, par l'entremise de l'écrivain italien Antonio Tabucchi (traducteur de Pessoa et grand amoureux de culture lusophone), descendu dans un restaurant de Lisbonne pour nous faire apprécier une interprétation masculine de morna capverdienne. Là, devant un parterre de tables défaites, la sueur perlant au front, drapé dans une grande robe blanche, la main chiffonnant un mouchoir, on eût dit qu'Oum Khaltoum s'était soudain incarnée dans ce géant noir. C'était Bana, une voix d'or, pleine d'une indicible émotion, un jeu scénique d'une grande expressivité.
Par la suite j'ai acheté cet album, qui alterne deux styles parmi les genres majeurs des musiques capverdiennes : la morna (style mélancolique et lent, appelé pour cela slow au Sénégal), et la coladeira (style plus enjoué). Pour être franc, Bana canta a magia de Cabo Verde ne restitue pas l'émotion du live auquel j'ai assisté à l'écran ; néanmoins il comporte dans ses coladeira des échos de cha cha et merengue, qui ont traversé ces îles dans les années 50 et en infusent lointainement la tonalité ou les rythmes.