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5.11.08

Lili St. Cyr - Effeuilleuse "burlesque"





Après Yvette Mimieux, il faut rendre hommage à une autre des égéries ayant fait carrière dans la psyché américaine des années 50 et 60 : la belle effeuilleuse Lili St. Cyr - née Willis Marie Van Schlaack, initialement chorus girl, puis stripteaseuse de vaudeville aux États-Unis, genre appelé là-bas "burlesque". Mais Lili n'a de français que le nom... et une expérience à Montréal, où elle tient l'affiche au théâtre Gayety pendant 7 ans, et se rend célèbre par l'audacieux déroulement "inverse" de son strip. La loi en Amérique interdisait aux danseuses de quitter la scène avec moins de vêtements qu'à leur arrivée. Lili St. Cyr a contourné cette loi en concevant un numéro où elle se présentait nue dans un bain moussant. Son spectacle consistait en un lent rhabillage progressif. Le Comité de la Moralité Publique de Montréal s’est intéressé à Lili en 1951, sans pouvoir rien trouver à redire. Elle joue le même tour retors à la police et aux censeurs de Los Angeles, qui ne purent condamner le spectacle : Lili St. Cyr fut acquittée ; mais elle sera arrêtée quelques années plus tard lors de sa prestation au cabaret Ciro's pour "indecent exposure".
Certains papys se souviennent encore de son numéro de geisha, celui intitulé Suicide, ou lorsque dans Jungle Goddess elle semble faire l'amour à un perroquet.

Elle devint une célébrité, tourna dans plusieurs films mineurs : The Miami Story, avec Barry Sullivan ; Son of Simbad, avec Vincent Price (beauté éclatante dans le portrait en buste), et I, Mobster, de Roger Corman.
Lili St. Cyr fut un modèle pour Marylin Monroe, influença plus tard Ivy Poison Rorschach, des Cramps, par ses frasques et son tempérament destroy - et jusqu'à Dita Von Teese qui, en digne héritière, décalque aujourd'hui la double activité de la reine du strip : effeuilleuse glamour le soir et le jour vendeuse de sa propre ligne de lingerie sexy.

Il y a une musique typique du burlesque, un genre qui mêle easy-listening, instruments et mélodies d'origine arabe (Turkish) aux thèmes d'un jazz à dominante cuivrée, très illustratif des temps forts du strip et destiné à mener par paliers la gent masculine vers l'apoplexie.


Pour vous mettre dans l'ambiance, écoutez les titres de ce CD (aujourd'hui difficile à trouver), inclus dans un joli coffret édité par Vogue, et accompagné d'un livret dédié aux icones du burlesque ; où l'on retrouve bien sûr la merveilleuse Lili St. Cyr.




19.7.08

Milton Banana Trio - Balancando

Probablement le meilleur album de ce musicien exceptionnel, qui a façonné le son de batterie dans la bossa nova, et concocte ici, avec un combo pourtant minimal (Cid au piano et Mario à la basse), une mixture irrésistible de classiques bossa nova et de jazz, pulsatile et entraînante. Mon titre préféré : Sao Salvador.

Track List

01 - Cidade Vazia (Baden Powell / Luis Fernando Freire)
02 - Barquinho Diferente (Sergio Augusto)
03 - São Salvador (Durval Ferreira / Aglaê)
04 - Amanhã (Walter Santos / Tereza Souza)
05 - Improviso (Cido)
06 - A Resposta (Marcos Valle / Paulo Sergio Valle)
07 - Sonho de Um Carnaval (Chico Buarque)
08 - Feitinho Pro Poeta (Baden Powell / Luis Fernando Freire)
09 - Aruanda (Carlos Lyra / Geraldo Vandré)
10 - Tristeza (Haroldo Lobo / Niltinho Tristeza)
11 - Ora Bolas (Ian Guest / Zilmar de Araújo)
12 - Encanto Triste (Durval Ferreira / Pedro Camargo)

20.3.08

Richard Bone - Coxa


Joli album passé inaperçu dans la production (un peu trop) pléthorique de ce musicien américain. Richard Bone, né en 1952, a commencé par réaliser de nombreuses bandes son dans le domaine du théâtre expérimental. Il crée son propre label, Quirkworks en 1991, afin de pouvoir donner plus librement forme aux paysages sonores (souvent des planances électroniques) qui l'habitent. Curieusement il est resté en dehors de la vague ambient qui a déferlé à cette époque avec The Orb, System 7, Biosphere, et autres neveux de Brian Eno biberonnés à la techno planante. Mais Richard Bone déroute et il est rarement là où on l'attend. Le voici donc furetant sur les terres des musiques latines et du West Coast Jazz, cherchant à y introduire ses climats ambient (Flanger reprendra ces recherches avec plus d'audace 5 ans après). Première incursion avec Metaphysical Mambo (1996), puis dans la bossa nova avec l'album Electropica (en 1998) enfin dans le jazz lounge des années 50-60, avec Coxa (en 1999), hommage appuyé aux vibraphonistes Cal Tjader, Dave Pike, au producteur Creed Taylor et à l'ingénieur du son Rudy Van Gelder. Si les machines et samples de studio (notre ami Bone est tout seul aux commandes) ne prétendent pas tenir la comparaison avec les pointures citées plus haut, ce tribute d'un électronicien venu d'une autre planète musicale n'en reste pas moins intéressant, en ce qu'il distille une certaine inquiétude dans ce salon de massage musical pour loungers nostalgiques.
En écoute Dido.

Richard Bone shows a deeper and more mature approach to his work and the constant ability to reach into uncharted territory with his compositions is rewarding. Listening to Coxa is like entering a smoke-filled sleaze bar with its requisite gritty lounge music. Coxa (Quirkworks, 1999) is a vastly improved version of Electropica. Bone keeps swinging between ambient music and this electronic pop-jazz format. No doubt this is a "lighter" genre, but Bone achieves a superb sense of elegance and psychological depth with Garden and 47 Youth Street. Even the mellow singalong themes of Playa Six and Dragneta My Love, while anchored to a simple refrain and too friendly to cocktail music, suggest subliminal moods. This is an album full of surprises, including a faithful revival of the big-band sound (Almorita Dive and What If). It stands as Bone's masterpiece in the "popular" genre..

9.12.07

The Girls from Bahia - Revolucion con Brasilia !


Merveilleuse pochette d'un autre temps, jouant à la fois sur les signes du réalisme socialiste et sur l'image de 4 jeunes filles dans le vent, coupe au bol et robe de collégienne : The Girls from Bahia. Sous ce nom à connotation easy-listening, c'est l'ensemble vocal brésilien Quarteto Em Cy (soit 4 sœurs : Cyva, Cybele, Cynara et Cylene - d'où leur nom de Quartette en Cy) qui tente sa chance aux States en 1967. Les belles sortent ce second disque aux codes audacieux, toujours chez Warner, en 1968 ; soit la meilleure année pour lancer un pavé provocateur aux couleurs de la révolution libertaire. Elles auront eu beau faire briller de belles compositions de Buarque, de Vinicius de Moraes, chanter en anglais, adapter à la manière samba des standards tels que In the mood, Sunny Side of the Street ou Manhattan. Peine perdue, l'essai ne sera pas concluant. Notre ami Zecalouro, du blog Loronix (voir ci-dessous), impute en partie cet échec au titre en espagnol. Et aussi probablement à une imagerie de révolution cubaine, plutôt mal vue. Mélange des genres, des pays... Il faut savoir que l'inculture nord-américaine de l'époque est crasse. Oscar Peterson interprète en 1966, pour son premier LP, plusieurs grands classiques brésiliens : Mercury n'hésitera pas à nommer l'album... "Soul Espanol" ! Mais bon, passons.
Comment ne pas être sensible aux délicieuses vocalises de ce quatuor. Leur version du classique Reza (Laia Ladaia) est un joyau, de même que le célèbre Dindi. Sans parler du quasi liturgique Morrer de amor. En définitive, fournir ces perles, le chant des sirènes, aux oreilles étatsuniennes 7 ans après la baie des Cochons, c'est encore du "margaritas ante porcos".
Régalez-vous donc auprès de Loronix avec The Girls from Bahia.

Titres / Tracks include:

01 - Berimbau (Baden Powell / Vinicius de Moraes / Version Gilbert)
02 - Tem Mais Samba (Chico Buarque)
03 - Edmundo (In The Mood) (Garland)
04 - Laia Ladaia (Reza) (Edu Lobo / Ruy Guerra / Version Norman Gimbel)
05 - I Live To Love You (Morrer de Amor) (Oscar Castro Neves / Luvercy Fiorini / Version Gilbert)
06 - The Sunny Side Of The Street (Fields / McHugh)
07 - Road To Nowhere (Blanco / Oliveira)
08 - The Old Piano Roll Blues (Coben)
09 - The Day It Rained (Ferreira / Camargo / Vrs. Gilbert)
10 - E Nada Mais (Durval Ferreira / Luis Fernando Freire)
11 - Manhattan (Rodgers / Hart)
12 - Dindi (Tom Jobim / Aloysio de Oliveira / Version Gilbert)
13 - Parade (A Banda) (Chico Buarque / Version B. Russell)

Straightforward, The LP The Girls from Bahia - Revolucion con Brasilia (1968) is a Quarteto em Cy LP. Quarteto em Cy adopted this name when the girls moved to US in 1967. Perhaps this strategy has failed since they have recorded in US by Warner just this LP. During their stay, Quarteto em Cy changed their repertoire to American standards versions and adapted English lyrics of Antonio Carlos Jobim and other major Brazilian composers.

After this international experience - probably very badly produced since the Spanish title was a big error - Cynara and Cybele left the group. This is a very curious and hard to find release. From Loronix

1.12.07

The Hi-Lo's - Suddenly it's the Hi-Lo's


"Il y a, comme dans la musique baroque vocale d'un Gesualdo ou d'un Monterverdi, dont il faut considérer qu'ils en ont été le lointain écho, de la démesure, de la douceur et du tragique dans les meilleures prises des HI-LO'S, polyphonistes raffinés qui chantèrent la musique populaire comme les standards les plus difficiles avec un bonheur constant derrière leur inventeur et poète, Gene Puerling qui mit fin à la vie de cette formation au début des années soixante après 10 ans de succès et une popularité inégalée en Amérique pour un groupe vocal de cette trempe. Les HI-LO'S, comme les Pied Pipers et les Meltones en leur temps, ont été un modèle pour nombre de formations vocales de jazz ou de variété et leur influence sur plusieurs groupes de rock californiens est évidente. Il suffit d'écouter, par exemple, Pet Sounds des Beach Boys pour se convaincre du fait que dans God Only Knows ou Caroline, No, la main de Brian Wilson se souvient des pyrotechnies sensuelles écrites par Puerling 10 ans auparavant.



Quand Gene Puerling et son copain Bob Strasen firent la connaissance de Bob Morse et Clark Burroughs, chez Billy May, il fallut les arrêter après que Puerling se soit mis - émule de Burroughs? - à tirer à la carabine sur deux filles qui avaient dit du mal de l'orchestre de Thornhill, celui qu'il préférait alors entre tous - et cela n'est pas un hasard quand on connait la faveur obsessionnelle qu'avait Thornhill pour les grandes plages instrumentales à l'unisson alternées avec des exercices musicaux un peu enchevêtrés et les ronds de chapeau qu'il fit, pour cela, baver à ses musiciens. Ces plages de rêve sur les rivages desquelles il s'allongera de plus en plus, pour ne plus se relever, enfant de volupté, dans la seconde partie de sa carrière avec les Singers Unlimited.

Le mélange détonant prend et ne tarde pas à exploser, on le voit quand les fastes de l'Orfeo de Monteverdi renaissent de manière improbable dans la chaleur alcoolisée des clubs californiens avant de rejaillir de manière parfaitement inattendue dans cet enfer matérialiste qu'est le bord d'une piscine de Beverley Hills où Eurydice, garce aux oreilles délabrées refuse de suivre la lyre d'Orphée qui, lui, ne s'en retourne qu'avec une arme à la main.

Tragique Gene Puerling qui n'y allait pas par quatre chemins avec les filles qui le fatiguaient assez vite s'il faut en croire ce Then I'll Be Tired Of You où l'épuisement du sentiment se décline comme la fin du jour dans l'exposé du thème, la splendeur vespérale portant sur sa courbe sans faille les voix merveilleuses des chanteurs quand monte la marée des couleurs sous la poussée irrésistible du Marty Paich Dektette, les longues vagues harmoniques aux crêtes en croupes ruisselantes de regret, émaillées par l'intime mais souveraine trompette de Jack Sheldon en miniature. Les HI-LO'S chantent ici jusqu'à l'étiage du cœur en confidence cette version inoubliable de la chanson écrite par Schwartz et Harburg en 1934.

Sal Salvador: Gene et Bob, qui avaient un coup dans le nez, n'ont pas supporté d'entendre dire du mal de Thornhill qui, encore plus défoncé, était assis, son éternel costume blanc froissé, un verre à la main, juste au bord de la piscine et manqua d'y tomber de désespoir lorsqu'il entendit ces deux jolies filles le traîner dans la merde. Gène dit qu'il ne pouvait pas entendre ce genre de mensonges et préférait s'en aller, et il s'en alla, mais seulement pour revenir quelques minutes après avec la carabine dont Bill se servait pour tirer les lapins. Quand elle lui demandèrent s'il n'était pas cinglé, Gene se tourna vers Bob Morse et lui demanda ce qu'il en pensait et Bob dit aux filles que Gene était vraiment cinglé et qu'il l'avait déjà vu tirer sur des gens avec qui il ne parvenait pas à se mettre d'accord. Claude [Thornhill] sortit alors de la sorte de léthargie dans laquelle le Bourbon le plongeait et se leva en titubant et braillant un truc du genre "la musique ne vaut pas la peine de perdre la vie pour elle" et Gene le coupa en disant que si et qu'il fallait faire un exemple. L'une de filles, une rousse en maillot de bain vert qui faisait des petits rôles pour la Warner se mit alors à chialer, tombant à genoux et demandant pardon. C'était incroyable et cela faillit tourner mal. Finalement, Morse et deux autres gars maîtrisèrent Puerling et on raconta après aux filles que l'arme n'était pas chargée. Je ne sais pas si elles le crurent, mais elle n'allèrent pas voir les flics. Heureusement pour Gene et son groupe vocal qui étaient du tonnerre et marchaient bien à cette époque et passaient souvent dans les shows TV. Une histoire avec les flics aurait tout foutu en l'air.


Merci à Bannister pour ce texte / By courtesy of Voices


En complément : 3 titres extraits de l'album Suddenly it's the Hi-Lo's :
Down The Old Ox Road
Love Walked In
Basin Street Blues

Avec Frankie et sur du velours côtelé dans "I'll Never Smile Again".

27.11.07

Salah Ragab and The Cairo Jazz Band Present Egyptian Jazz - Ramadan In Space Time


Les fusions de jazz et de musiques du moyen-orient ont donné des pièces de belle tenue dans les années 50-60 : les disques d'Ahmed Abdul-Malik, de Mohammed El-Bakkar ; les échappées modales de Yusef Lateef ; les interprétations de John Berberian, Gus Vali, Sonny Lester, qui avait revu et corrigé la belly dance pour les oreilles et la libido du mâle américain. Soit de jolies musiques d'effeuillage, mêlant instruments et mélodies d'origine arabe aux thèmes d'un jazz à dominante cuivrée, très illustratif des temps forts du strip et destiné à mener par paliers la gent masculine vers l'apoplexie.
Avec ce disque de Salah Ragab on a tout d'un coup l'impression de tenir le chaînon manquant entre les exotiqueries orientales filtrées pour le goût des américains et une session de jazz filtrée par le goût des égyptiens, qui en connaissent un rayon. Le Cairo Jazz Band s'avance en section : cinq saxophones, quatre trompettes, quatre trombones, piano, basse, batterie et percussions - du pipi de chat pour Salah Ragab, commandant en chef de la musique militaire de l’Egypte à Heliopolis. Et voilà que ce beau monde se découvre d'inouïs métissages entre le faste instrumental des grands orchestres de swing (Neveen, Mervat) et les sinuosités ancestrales du ney et du piccolo (Egypt strut, Kleopatra) ; entre les choeurs masculins typiques des traditions populaires égyptiennes (Ramadan in space time) et les influences des congas à la manière de Mongo. Un superbe collier de perles de jazz et d'orient !

Ramadan In Space Time (en écoute et chargement via le lien seulement, n'est pas dans le rip : http://www.box.net/shared/njybtnzcos).

A2. Dawn
A3. Neveen
B1. Egypt Strut
B2. Oriental Mood
B3. Kleopatra
B4. Mervat

Salah Ragab formed the first jazz big band in Egypt {The Cairo Jazz Band} in 1968, he was also the leader of the Military Music Departments in Heliopolis, some of the best musicians in Egypt of that time were members of the band such as {Zaki Osman, Trumpet} - {Saied Salama, Tenor Sax} - {Khamis El -Kholy, Piano} - {Ala Mostafa, Piano}. On this recording The Band consists of five Saxophones, four Trumpets, four Trombones, Piano, Bass, Drums and Percussion.

The opening concert of The Cairo Jazz Band was in Ewart Memorial Hall at The American University 23/02/1968, There were many other concerts in various prestigious places such as the Old Opera House, The University of Alexandria and appearances on Egyptian T,V Jazz Club Weekly. Salah Ragab accompanied the great band leader and composer Sun Ra on a Tour in Egypt, Greece, France and Spain in 1984. He also studied jazz theories and improvisation with the Jazz musician and composer from Kansas City -USA, Osman Kareem, with whom he formed the first Jazz Quintet in Cairo in 1963 recording with the Radio Service of Cairo. He gave a series of educational lectures about Jazz History at the German Culture "Goethe Institute", plus writing the only jazz book in Arabic "Jazz Music The Roots and Future".

These recordings present Salah Ragab and The Cairo Jazz Band's definitive work, recorded in Heliopolis Egypt between 1968 and 1973. Western Jazz musicians have been fascinated with the world of Islam for many years, for religious - spiritual, musical and sociological reasons. It was therefore inevitable that musicians of the Arabian North African area would play a part in the interaction of these two Musical Cultures. The compositions correspond to the cross over of musical styles at the time of the recording, 5000 miles away across the Mediterranean and Atlantic in New York with releases on Moodsville by Yusef Lateef and RCA by Ahmud Abdul-Malik.

21.10.07

Eastern Europe Groovz Vol.II


J'aime bien qu'une notule en appelle une autre sur le mode des associations d'idées. Retour sur les pépites de jazz de derrière le rideau de fer. Et là c'est de la belle ouvrage, pas du bricolage ; car un courant de jazz d'Europe de l'Est a bel et bien existé, dont la vitalité a traversé la guerre froide sans rien perdre de sa chaleur et en maintenant des échanges avec les plus grands noms du jazz occidental (Aura, pour sa part, a accompagné Duke Ellington et Quincy Jones). La face B sera postée pour ceux qui en redemandent.

Face A :
Csaba Deseo Ensemble / Song For My Father
Wlodzimierz Nahorny / Holding Hands
Orkiestra pr I TV Lodzi / Bez Metalu
Crash & Grazyna Lobaszewska / Prostachny Gestach
Qualiton Jazz Ensemble / Night And Day
Jazz Carriers / Minor Seventh
Aura Urziceanu / Înserare

27.2.07

Krystyna Pronko - 1980




Krystyna Pronko, vocaliste polonaise exceptionnelle, a probablement pâti de son ouverture musicale mainstream qui l'a menée de la pop à la variété locale. Du coup les noms qui restent dans les anthologies et articles internet (en français) sur le jazz polonais sont ceux de Krzysztof Komeda, Michal Urbaniak et Ursula Dudziak. C'est un tort d'avoir négligé la gironde Krystyna, sa voix sensuelle, tour à tour souple et agressive, qui fait des merveilles sur Oto Przyczyna, un morceau quasi expérimental assez éloquent sur l'étendue de son spectre créatif. Le son est comme le titre de l'album l'indique : marqué fusion eighties ; mais il y a un côté accrocheur dans des morceaux tels que Jutro zaczyna sie, tu sezon, joli hit jazz rock, ou Wielka zima, revisitation d'une ballade romantique, tous deux entendus ailleurs, mais où ?

En écoute la face B :
Jutro zaczyna sie, tu sezon 4:03
Oto przyczyna 3:47
Specjalne ocazje 6:01
Wielka zima 3:48

Krystyna Pronko is an exceptional Polish vocalist, singing pop and jazz music. The start of her career goes back to Gorzow, where she made her debut with the group ‘Refleks’. She graduated as a laureate from the Music Academy in Katowice, at the Jazz and pop music department. Her songs have always been on top of charts on Polish Radio 1 and Radio 3. She gave concerts at many festivals both in Poland and abroad, e.g Jazz Jamboree, MFP in Opole and Sopot. In 1980 she was awarded a Vocalist of the Year. She has a very characteristic voice, she’s very flexible and can move the audience easily even now, whether it is her jazz concert or a pop one.

6.2.07

Jazz Orkestar Radio -Televizije Beograd (1948-1978)


Ce double album a été édité en 1978 à l'occasion du trentenaire du RTB Big Band, orchestre radiophonique yougoslave de renommée internationale, qui avait obtenu en 1968 le premier prix du festival de Juan-les-Pins.
Un titre quelconque, une formation sage sur une scène qui nous paraît bien ringarde aujourd'hui. Et pourtant quel disque ! Exceptionnel d'équilibre entre l'élégance des solos, la pulsation groove et l'énergie multi-instrumentiste du big band.
La pochette signale discrètement ses "guests" : rien moins que Dusko Gojkovic, Alan Skidmore, Gerd Dudek et Bora Rokovic, pointures du jazz est européen de l'époque, dont le premier est devenu une star de la trompette, après son passage remarqué au sein du Kenny Clarke-Francy Boland Big Band.
Il faut rendre hommage à l'excellent label Cosmic sounds, grand défricheur des perles de jazz intriquées dans le rideau de fer, d'avoir réédité - pour notre plus grand bonheur - ce double LP dont le pressage d'époque se négocie à prix fort.

Side A:
1. Pauk (Zvonimir Skerl) 8'46
2. Kolo (Franja Jenc) 5'05
3. Prolecna Etida (Georgi Dimitrovski) 6'22

Side B:
1. Svadbena Igra Kraj Bistrice (Vojislav Simic) 7'12
2. Krug (Predrag Krstic) 7'07
3. Si Zaljubljiv Edno Mome (Georgi Dimitrovski) 4'22

Side C:
1. Macka (Zvonimir Skerl) 11'45
2. Atlantis (Bora Rokovic) 5'52

Side D:
1. Balkan Ekspres (Franja Janc) 7'00
2. Vilenjak i Vila (Vojislav Simic) 6'00
3. Aretuza (Bora Rokovic) 5'50

Originally released in 1978. Comes in a gatefold carton sleeve with original artwork and insert in English. The RTB BIG BAND was formed in 1948 and immediately started gaining an international reputation. In 1960 they won the 1st prize at Juan-Les Pins Jazz Festival.
In 1978 RTB Big Band celebrated the 30th anniversary by releasing this double album consisted of recent works recorded from March 73 - February 77. The title wasn't as imaginative as the music itself and it was just called 1948-1978 that was a bit misleading for the contest of the album. It had a small inscription at the back of the cover saying "With Guests" so also it might be known under this name as well. Guests in this case on some of the recordings were Dusko Gojkovic, Alan Skidmore, Gerd Dudek, Bora Rokovic.
The well known track "Balkan Express" was released couple years ago on Yugoslavian Rare Gems compilation (CS-13) and was later on remixed by Panoptikum guys (Tom Wieland & Mark Frank). The track made the original record sought after and quite expensive but very few really had a chance to actually hear the whole album because it's quite rare and expensive. Once they find the album and pay a pile of money for it they get pleasantly surprised. This double LP is much more then Balkan Express. It is fully packed with a top quality big band jazz fusion. Every track is a winner.

1.2.07

Sing Sweet Barbara - Collection 1966-1990


On l'aura compris : j'ai un faible pour les chanteuses de jazz et autres voix sublîmes qui cascadent entre pop, swing et... vaudou (si, si). Après la discrète Vi Velasco voici la plus connue Barbara Moore, dont l'album "Vocal Shades & tones", chez DeWolfe Library, fait toujours un tabac auprès des collectionneurs de rare grooves. Le disque ici rippé est une compilation-hommage d'admirateurs, éditée par un label japonais qui a récupéré des raretés (ci-dessous) où la douce Barbara avait posé ses vocalises inimitables. J'ai choisi de vous faire découvrir quelques titres extraits d'autres albums que son grand classique, hormis Hot Heels qui reste bien sûr un must. Voici donc :
Hot Heels paru dans Vocal Shades & tones en 1972.
Take it easy et Walk about, parus dans l'album Swing like B de Stan Butcher en 1967 ;
Busy, paru dans l'album Something cool, de Voices in Latin en 1968.
Going on Holiday, Bright & Shining, Voice over sax, Real thing et Smooth and soft, parus dans l'album Bright & Shining, pour Sylvester Library en 1981.


It is not a secret : Martian Shaker likes vocal jazz and hip ladies with voices that soars and cascades between swing, voodoo and pop. So after the discreet Vi Velasco, let me introduce Barbara Moore, famous vocalist for several library label, in the DeWolfe library sessions and especially with "Vocal shades & tones", cut in 1972. Here is a new batch of rare grooves with Barbara, compiled by japanese label EM Records. Opening with the jazzy "Hot Heels", resplendent with some soaring, harmonising jazz scat vocals, you will discover unknown material from the album "Swing like B" by Stan Butcher, "Something cool" by Voices in Latin, and "Bright & Shining", for Sylvester Library.

27.1.07

Vi Velasco - Cantando Bossa nova


Voici une dame discrète de la chanson brésilienne dont je n'ai pas encore vu le disque chez Loronix ; alors je poste, à tout hasard, pour les amateurs de brasilian jazz ses versions de standards américains des années 50 - tels que Face come Face (Cheek to cheek) d'Irving Berlin ou encore Tenho Ritmo (I got Rythm) de Georges et Ira Gershwin - légèrement bossa novaïsées par la belle Vi Velasco. Dans cet album de 1962, "Vi Velasco" chante en anglais, se fait arranger par Manny Albam et accompagner par le saxophone ténor et swingant de Zoot Sims, ce qui tend à déplacer le curseur de la tonalité d'ensemble vers le jazz plus que vers la bossa nova. Mais sa voix est pur velours !

Here is the album of discreet and beautiful american singer Vi Velasco, I have not yet seen this album in Loronix blog ; so I post for the brazilian jazz lovers these 50's classical jazz renditions, arranged by Manny albam, with the swinging sound of tenor saxophonist Zoot Sims. The disc was cut in 1962. Vi Velasco sings in english, and the whole thing actually looks towards jazz more than bossa nova. Anyway this is another velvet and forgotten voice for you to discover !

20.1.07

Francis Coppieters - Piano Viberations


Question vibraphone, il y a là une pièce de qualité qui vaut largement le surévalué Manhattan Latin : "Piano Viberations" est un disque de Francis Coppieters, pianiste belge, cacique de nombreuses sessions de jazz, notamment avec le Big Band de Kurt Edelhagen ; contemporain et compatriote des plus célèbres Fats Sadi (vibraphoniste) et Francy Boland (pianiste), qui s'illustrèrent de leur côté dans le Big Band de Kenny Clarke. Coppieters réalise pour KPM, en 1975, cet album accompagné tout du long d'un beau son de vibraphone et d'un swing tonique qui créent une musique joyeuse et virevoltante. En écoute les meilleurs titres soit les 3/4 de l'album, dont le très joli Bright blue Note, un groove jerk ; Cross Talk, sorte de spy jazz nerveux ; le carnavalesque Samba de Negra, où quand les trépidations frénétiques du jazz croisent le swing racé d'une samba brésilienne.

Les titres remarquables de l'album / Noteworthy tracks in this rip :

The Open Highway
Funky Chimes
Bright blue note
Cross Talk
Piano in Transit
Sales Talk
Kings Road Chelsea
Samba de Negra

Pianist Francis Coppieters recorded as early as 1943 with Roger Rose et son Orchestre de L'Heure Bleue.
In 1952, he can be heard on a Jacques Pelzer recording; in 1953, with Buck Clayton and the orchestra of Mickey Bunner, and also with René Thomas, Bobby Jaspar and Jacques Pelzer. In Germany, bandleader Kurt Edelhagen, who had heard him with Hazy Osterwald, hires him in April 1957 to join the Kurt Edelhagen Big Band, with his friend Jean Warland on bass, Stuff Combe on drums, Jimmy Deuchar on trumpet, saxophonists Derek Humble, Jean-Louis Chautemps, Eddie Busnello, etc...
He becomes one of the composers of the band (besides Francy Boland, Rob Pronk, Heinz Kiessling und Bora Rokovic. etc...). This 1975 LP from premier British Library label KPM is filled with excellent compositions. Ultra-cool, vibes-and-piano-driven jazz and funky jazz all the way.

10.12.06

Les McCann - Invitation to openness


Les notes de pochette de cet album citent en premier lieu - au titre des influences - le courant cosmique qui traverse le jazz des années 70, et notamment les oeuvres de Pharoah Sanders, Sun Ra, ou encore Lonnie Liston Smith. J'avoue pour ma part trouver plus de similtudes avec Bitches Brew, le jalon que Miles Davis pose en 1969. Car Invitation suit la piste instinctive de Miles qui va se frotter à la pulsation sexuelle du funk et aux polyphonies de la rue. Souvenons-nous que le mot funk est un mot argotique noir-américain décrivant l'odeur dégagée par les corps au cours de l'acte sexuel : entre odeur de sexe... et Brassage de putes (Bitches Brew), on est plus dans la sensualité sauvage et dans la séduction du macadam que dans la méditation astrale. McCann raconte sans détour que le début lancinant et oriental du long morceau "The lovers" lui évoquait le Bolero et donc des préliminaires sexuels : "C'est une histoire de baise, mais comme on ne peut pas l'appeler "Fucking" appelons-la "The lovers." explique-t-il. Le spirituel et le sacré sont comme le profane et le charnel pour Les McCann ; c'est ce qui me plaît dans ce disque profond, organique, et qui ne se la pète pas de références ésotériques. Ramenons donc Invitation to openness à l'état d'esprit sensualiste qui présidait à cette session toutes lumières éteintes : une impro jazz funk, fusionnelle, dont les 3 morceaux de l'album atteignent au total plus d'une heure. En extrait dans ce billet le fameux "The lovers" (26'), qui débute en douceur sous les tapotements lunaires de piano électrique de McCann, quelques bribes de harpe de Corky Hale par-ci, William "Buck" Clarke parsème par-là des touches de percussions de sassafras. On est encore dans quelque chose qui peut ressembler à Astral travelling ou à Journey in Satchidananda. 4 minutes sont déjà passées, les frémissements des percussions et de la guitare s'amplifient. Bernard Purdie imprime un tempo plus soutenu à ses cymbales ; et puis le rythme s'installe au moment où le hautbois de Yusef Lateef déploie son arabesque sinueuse ... Je vous laisse écouter la suite.

Personnel: Les McCann- piano, electric piano, Moog synth; Corky Hale- harp; Yusef Lateef- flute, oboe, sax, percussion; David Spinozza, Cornell Dupree- guitars; Jimmy Rowser, Bill Salter- bass; Buck Clarke, William Clarke, Donald Dean, Alphonze Mouzon, Bernard Purdie- percussion, drums

Over 25 albums deep into his recording catalogue, “Invitation” stands as McCann’s magnum opus, highlighted by the jaw-droppingly brilliant, 26-minute, side-long jam, “The Lovers”, filled with lots of breaks, grooves, and time changes - and played by a hip ensemble that includes Yusef Lateef, Cornell Dupree, Bernard Purdie, and Alphonze Mouzon. A baker’s dozen dream team (including five drummers/percussionists, two electric guitarists and a harpist) gathered in Atlantic Records studios in Manhattan one day back in 1971 to breath life into McCann’s dream. Comparing the final result to “The Bolero,” McCann originally wanted to call it “Phucking,” but settled for the label’s compromise. Like a first-rate film director guiding his actors through improvisational scenes and whose presence is invisible to the viewer, McCann told producer Joel Dorn to “get these guys in the room, kill the light, then I come in and start playing and we’ll see what happens.” Bassist Jimmy Rowser said, “there was no prewritten music, no tunes, no rehearsals. We just showed up and started playing.”Wild electric work from Les -- and a real break from his work of the 60s! Side one of the album features a 26 minute fusion jam called "The Lovers".

23.11.06

Johnny Frigo - Collected works


De formation classique, Johnny Frigo débuta en jouant du violon et du tuba, puis s'adapta avec brio à la basse à cordes (ce dernier instrument supplantant très souvent le tuba dans les sections rythmiques des années 40) si bien qu'il devient une pointure de la stringed bass dans les milieux du jazz à Chicago, jusque dans les années 70. On redécouvre aujourd'hui avec " Collected Works " une face peu connue de ses talents, liée à la danse. A la fin des années 60, la femme de Johnny Frigo pratique la danse jazz auprès du chorégraphe Gus Giordano. Ce dernier est à cette époque frustré par la piètre qualité des disques du moment dédiés aux techniques de danse et par le fait de ne pouvoir disposer en live du substrat musical dont il a besoin : un jazz funky, très percussif, dans un accompagnement vivant et interactif avec ses danseurs. Aussi crée-t-il son label (Orion) et demande-t-il à Johnny Frigo de concocter des pièces sur mesure pour ses étudiants et de les faire jouer en direct. Le principe : batterie et percussions - principalement des bongos - maintiennent une structure rythmique puissante et souple, les mouvements des danseurs guidant les échappées solistes du saxophone, de l'orgue et de la basse. Quelques disques sont ainsi gravés, mêlant des standards - Walk from Regio's (I. Hayes), Eye of the needle (L. Schifrin), Them changes (G. Miles) - et des créations en duo avec Giordano lui-même ; tous ré-arrangés pour faire la part belle à des échappées instrumentales mimant les figures libres et solos des danseurs. The happening comme Apollo, deux des titres les plus réussis, glissent sur des clapotis de bongos, construisant un groove pépère et pourtant ravageur. Le premier s'ouvre sur une suite de courts solos : de fines touches d'orgues, un piano élégant sautillant dans les aigus (Dick Marx), un saxophone ample et sensuel (Mike Simpson). Le tour est joué : 3 mn de pur plaisir. Apollo distille d'entrée une coloration plus funk, avec basse à cordes et bongos qui marquent un tempo implacable sur lequel l'orgue brode un dialogue subtil avec le jeu varié et accrocheur des percussions, l'ensemble évoquant un Reuben Wilson latinisé. L'excellence musicale du couple Giordano/Frigo est tout entière condensée dans ces arrangements léchés, cette clarté des échanges instrumentaux, qui leur permet de déployer une sonorité extrêmement lisible, attractive et sans surcharge. Il suffit d'écouter Do whatever sets you free pour s'en convaincre. Une attaque imagée : claquements de mains et cris, on imagine les danseurs entraînés par les percussions dans une revisitation de danse ethnique ; mais le titre intrigue et séduit par sa capacité à se couler dans un funk tonique qui occulte rapidement la composante primitive. Si chacun des morceaux est un petit bijou chatoyant, ciselé par les percussions, c'est aussi que cette compilation écrème 14 titres extraits d'albums différents, afin de restituer le meilleur de la palette musicale abordée durant ces cours de danse. " Collected Works " est à ranger dans la grande famille des trésors vintage de latin funk et de soul jazz, aux côtés des Invaders, El Chicano, Chakachas, Mickey & the Soul Generation, pour ne citer qu'eux, mais dont il faudra aussi bientôt vous toucher deux mots.

4 titres en partage, donc, pour apprécier ce monstre des cours de danse :
- Gazebo
- The happening
- Do whatever sets you free
- Apollo

Frigo composed and recorded albums from the late 1960s through to the early 1970s for Giordano and his Chicago-based Orion record label. Giordano set up the label to provide music for dance classes. The music was required to be heavy on percussion and rhythm, so Frigo filled Giordano's classrooms with a mad mix of rock, jazz, Latin, and funk to move to. If only school was always that good!

Back then records were used to provide musical background- so there are original Orion albums floating around collectors and second-hand vinyl stores- but naturally they are extremely hard to find. Fortunately the Luv N' Haight core vinyl-collecting crew were able to unearth the whole Orion collection with the help of Joe Bryl (or Chicago's Funky Buddha club) and Gus Giordano's son Mark. Once the catalog was completely tracked down the Ubiquity crew, along with DJ Egon (chief rare groovester at Stones Throw Records) and Cool Chris (purveyor of rare vinyl sounds at San Francisco's Groove Merchant Record Store) boiled down the albums to a list of their favorite tunes.
"Collected Works" features the hip cool-jazz sound of "Gazebo", the raw-funk cover of "Scorpio", and more than your fair share of drums, odd sounds, percussive excursions and a couple of rare groove monsters all just waiting to be sampled.


Personnel: John Frigo (violin, bass); Mike Simpson (tenor saxophone, flute); Cy Touff (bass trumpet); Vic Val (tenor saxophone); Dick Marx (piano); Herb Elllis (guitar); Ray Brown (bass); Phil Faieta, Norm Jeffries (drums).

18.10.06

Paul Desmond - From the hot afternoon



Comparé aux pièces maîtresses de la bossa nova, ou du courant brazilian jazz, et à leurs interprétations fabuleuses, portées haut par Stan Getz – notamment (avec Astrud ; et Joao Gilberto, Charlie Byrd), on peut se demander en quoi From the hot afternoon n’est pas une redite. C’est que Paul Desmond a eu tout d’abord l’intelligence de renouveler son répertoire, évitant de se frotter aux classiques de Jobim (Desafinado, Girl from Ipanema, Tide, etc) déjà joués à foison par le maître de la bossa nova lui-même et ses émules. Ce disque emprunte à Milton Nascimento (Outubro, Gira Girou, Catavento, Canto Latino) et à Edu Lobo (To say Goodbye, Circles, Martha & Romao, Crystal Illusions) des morceaux moins connus. De plus, bien que la prise de son initiale fût réalisée auprès d’une formation réduite (alto saxophone, guitare, basse, batterie), une superbe orchestration (harpe, violon, violoncelle, clarinette, hautbois, cor) vient enrichir en overdub l’enregistrement originel, et témoigner du goût revendiqué de Desmond pour une certaine beauté classique. C’est là la seconde différence avec plusieurs des productions de jazz samba (et avec l’autre grand disque de Desmond dans la même veine, Bossa Antigua) : une sophistication instrumentale qui fait ressembler cet opus à un cocktail de jazz lounge, finement dosé par les arrangements de Don Sebesky. Voici des violons alternant envolées onctueuses et traits nerveux d’angustura, là des motifs flûtés, pétillant au milieu des arpèges de harpe ou des multiples percussions (Outubro). Le souffle soyeux et raffiné, presque roucoulant, du saxophone alto de Paul Desmond se dépose sur ce tapis musical avec une extraordinaire élégance. Précipitez-vous sur Martha et Romao qui débute en percussions chaloupées dans un pur jus exotica (5 secondes à sampler). Dégustez Crystal Illusions, une pièce exotico-jazz, au groove ravageur, où la voix éthérée de Wanda de Sah fait des merveilles. Le style de Paul Desmond est extrêmement séduisant, feutré, fluide, tout en nuances subtiles, et les fines lames musicales qui l’entourent lui font un accompagnement chatoyant : Edu Lobo (lui-même – à la guitare et au chant), Ron Carter (à la basse), Hubert Laws (à la flûte) ; enfin Airto Moreira aux percussions et avec un jeu de batterie tout en pépites de cymbales, qui diffusent un swing délicieusement communicatif et chaleureux.

Personnel : Paul Desmond Alto Saxophone ; Marky Markowitz (1-10) Trumpet, Flugelhorn ; Marvin Stamm (1-10, 16) Flugelhorn, Trumpet ; Paul Faulise (1-10) Bass Trombone ; Jimmy Buffington (1-10) French Horn ; Don Hammond Flute, Alto Flute ; Hubert Laws Flute, Alto Flute ; Stan Webb Flute, Alto Flute, Drums, Percussion ; Phil Bodner Saxophone, Clarinet, Oboe ; George Marge Saxophone, Clarinet, Oboe ; Lewis Eley Violin ; Paul Gershman Violin ; Charles McCracken Cello ; George Ricci Cello ; Jack Jennings Percussion ; Airto Moreira Percussion, Drums ; Don Sebesky Arranger ; Edu Lobo (6-7, 10) Guitar, Vocal ; Wanda De Sah (4, 6, 10) Vocal ; Dorio Ferreira (1-5, 8-9, 11-16) Guitar ; Ron Carter Bass ; Pat Rebillot (1, 3-16) Piano, Keyboards ; Margaret Ross (1-2, 4-16) Harp ; George Ockner (1-10) Violin ; Eugene Orloff Violin ; Raoul Poliakin Violin ; Max Pollikoff Violin ; Matthew Raimondi Violin
Sylvan Shulman Violin ; Avram Weiss Violin

When this album was produced in 1969, alto saxophonist Paul Desmond, who had become famous during his long tenure with pianist Dave Brubeck’s quartet in the Fifties and Sixties, had left that group and gone out on his own. With his laid-back, sensuous sound, his subtle and lithe rhythmic variations, Desmond was ideally suited to interpret Brazilian standards. The brainchild of Sergio Mendes — who had scored tremendous hits with his group Brasil ’66 — From the Hot Afternoon was provided a lush orchestral backing and settings by Don Sebesky, and rhythmic support by the great team of Ron Carter on bass and Airto Moreira on drums and percussion. The Brazilian Airto, with his soufflé of textured rhythms, is a perfect match for Desmond’s saxophone. And the guitars of Dorio Ferreira and Edu Lobo provide an ideal cushion for Desmond’s sly yet warm sound. Several of Lobo’s compositions are featured on the album, notably "Crystal Illusions," as are works by another emerging master of the era, a teenaged newcomer named Milton Nascimento.

The supporting cast is stellar and the material has been carefully chosen from the songbook of the Brazilian generation that followed the bossa nova masters like Antonio Carlos Jobim. But it is Paul Desmond’s dry-ice wit that holds everything together, giving a flavorful balance to the essential sweetness of the Brazilian pop sound. The saxophonist spins out this wryly gentle reverie on love and loss with deceptive ease.

15.10.06

Nana Mouskouri in New York - The Girl From Greece Sings



Ceux qui ont dit que Nana Mouskouri "était" ringarde se sont certainement trompés de temps, car si l'imparfait renvoie aux années 60, Nana Mouskouri in New York est la réédition en CD d'un disque magistral. En 1962, encore peu connue en Europe et a fortiori aux USA, Nana Mouskouri est invitée - par les pontes de Mercury et de Fontana (France) - à interpréter une quinzaine de standards de jazz. Des valeurs sûres, mais sous la direction exigeante de Quincy Jones, Nana va devoir réviser dur sa phonologie anglaise. Et puis le pari sur une étrangère inconnue était assez périlleux quand on connaît les calibres qui ont chanté Till there was you (Peggy Lee), Don't go to strangers (Etta Jones) ou Smoke gets into your eyes (The Platters). Avant d'entrer en studio, Nana passe trois semaines à arpenter les rues de New York et à s'imprégner de la ville, le soir elle va dans les clubs de jazz. Le résultat est là, ce disque est de la belle ouvrage, équilibré à tous points de vue, et le mérite n'en revient pas qu'à Nana Mouskouri. Il y a tout d'abord l'équilibre de l'enregistrement qui laisse la part belle au vocal, avec l'impression d'une pureté de gravure en DDD : la faute à Phil Ramone, l'ingénieur du son. Et puis la voix: un accent anglais devenu parfait, une nonchalance de diva, une intonation claire, par endroits alanguie (Hold me, thrill me, kiss me, The touch of your lips), avec quelque chose de mélancolique qui vous remue de l'intérieur. Autant le dire tout de suite, hormis les bonus tracks inédits : Almost like being in love, But not for me, et I get a kick of you, qui swinguent avec élégance, l'ensemble ne fait pas dans le fun. Peut-être parce que les notes graves de la contrebasse et les autres cordes donnent une coloration dramatique à un chant qui semble se déployer dans un air raréfié. L'équilibre est enfin celui des compositions, portées par un orchestre de jazz lounge discret. Tout à la fin des notes de la pochette, on découvre derrière les arrangements le nom de Charles Albertine, l'arrangeur des Three Suns, qui montre ici un talent subtil et dose avec parcimonie ses choix instrumentaux. Ce qui nous fait dire qu'il n'y a pas de hasard en ce bas monde. Exquis.

Mouskouri was first brought to the attention of American audiences in 1962 when Quincy Jones produced her first album in the U.S., The Girl From Greece Sings. Bob Dylan was so taken by Nana's performance at a 1979 concert that he wrote a song for her. Nana's "fan club" also includes Neil Diamond, Julio Iglesias and Harry Belafonte, who has toured with her in the United States and Canada.
The Girl From Greece Sings was reissued as Nana Mouskouri In New York to a surprised but positive response from jazz enthusiasts, who had been unaware the singer could handle the genre at all.

4.9.06

Cal Tjader - The Prophet



Il est urgent de mettre en partage cette pépite méconnue de l'excellent vibraphoniste Cal Tjader - dont j'ai déjà parlé, (découverte dans le blog de Orgyinrythm décidément plein de bons disques), et acquise par mes soins pour une somme modique dans le "vide-grenier mondial", j'ai nommé ebay.
The Prophet est enregistré en 1968 pour Verve à New York. Le son y est extrêmement séduisant et, s'il s'apparente à une production de jazz lounge, c'est que l'arrangeur Don Sebesky y a laissé sa griffe en matière de choix instrumentaux - flûte (Hubert Laws), violons, percussions dosées et moins en avant que dans les albums plus latin jazz. L'élégance des mélodies (Warm song, Time for love) est à mettre au crédit de Joao donato avec qui Tjader avait envie de travailler depuis longtemps. Tout ça sans oublier l'efficacité du swing (Cal's Bluedo, Souled out), et les accompagnements de choeurs féminins très wwhhoo wwhhoo et chabada (The prophet, Temo Teimoso). Un pur délice !

1 Warm Song
2 Souled Out
3 A Time for Love
4 The Prophet
5 Aquarius
6 The Loner
7 Tema Teimoso
8 Cal's Bluedoo

This is an ecstatically beautiful album " wrote Herb Wong in the sleeve notes to this 1969 Cal Tjader lp.And I think he was right-I love this record .Cal got Joao Donato in on piano for this one who also wrote "Warm Song","Aquarius" and "Temo Teimoso"for the session.Cal knocked out "Souled Out",The Prophet""Cals Bluedo"and "The Loner" and added the standard "A Time for Love".He then added strings and vocals into the mix with the usual percussion / rhythm section and the combination works wonderfully as arranged by Don Sebesky.Moving from the swinging groove of the title track to the funky sound of Souled Out to the bossa influenced Donato input this lp hits the mark on every track .Beautiful jazz but also one for the lounge lovers. Orgyinrythm

1.9.06

Introducing the psychedelic soul jazz guitar of Joe Jones


Guitariste mineur dans la galaxie du jazz, où il n'eut jamais la reconnaissance qu'il méritait, - le surnom de Boogaloo lui ayant été donné pour éviter la confusion avec quelques "Joe Jones" plus célèbres - Ivan "Boogaloo" Joe Jones n'en reste pas moins brillant dans le courant soul jazz des années 1966 à 78, avec une poignée d'albums pour le label Prestige - où il livre un jeu rapide, souvent empreint d'un feeling blues mais avec un solide sens du groove. Notamment dans ce LP où il interprète - sous roulements de congas - un "Mindbender" emprunté au répertoire de Ray Charles ; une version funky du titre de Donovan "There is a mountain". Dans "Games", un morceau écrit par Joe Jones, l'orgue domine l'ensemble avec un tempo proche du superbe "Nuther'n Like Thuther'n" de Willis Jackson, avec qui Joe Jones a d'ailleurs collaboré. Rien ne se perd, surtout dans les bonnes marmites !

(a) - Ron Carter : bass ; Ben Dixon : drums ; Richard Landrum : congas & bongos
(b) - Limerick Knowles Jr : organ ; Alexander Whiterspoon : fender bass ; Bud Kelly : drums.

In the short decade (1966-78) he recorded and performed, guitarist Ivan "Boogaloo Joe" Jones was never really given his due as an exciting, rapid-fire R&B plecterist. His sound and style clearly derived from the blues. But it was a solid understanding of rock that Jones brought to his style of jazz. The result, outlined on a handful of albums for Prestige, was a healthy mix of finger-licking funk, sweet-natured soul and infectious blues.

25.6.06

Billy Wooten - The wooden glass


Vibraphoniste obscur, Billy Wooten a néanmoins participé aux célèbres "Visions" et "Shades of green" de Grant Green, chez Blue Note. Ce live enregistré en 1972 à Indianapolis, ville dont il est tombé amoureux et où il est installé dès les années 70, est porté par "The wooden glass", le combo résident de la salle "The 19th Hole Night", où Wooten joue pendant des années. Le son est plein d'une énergie électrique. "Monkey hips and rice" démarre sur les chapeaux de roue, avec orgue et vibraphone en avant. "Joy ride" est une longue pièce jazz rock menée par un solo de guitare nerveux et inspiré ; ces types jouent comme si le temps leur était compté, et le résultat est jouissif. "In the rain" est un des joyaux de Wooten, ballade soulfunk, où il donne le meilleur de son jeu de vibraphone inventif et roboratif, dans des éclairs d'orage.

Voici les trois premiers titres de cet album :
(rip d'un seul tenant)
01 - Monkey hips and rice
02 - We've only just begun
03 - In the rain.

Mad funky vibes from The Wooden Glass -- a group led by vibist Billy Wooten -- an obscure player in the history books, but one who has had a huge influence on 21st Century groove! Billy's got a hard style on the vibes that's like Bobby Hutcherson and Roy Ayers at their soulful best -- working here with a tight combo that includes guitar and organ, very much in the mode of his classic work with the slightly more famous (although equally obscure) Indianapolis combo The Ninteenth Whole! The set's a live one, but it really cooks with a sweet electric feel -- echoey, funky, and soulful -- as tunes spin out in a staggering approach to the vibes that's unmatched by any record of its time. Billy was a huge influence on Madlib and the sound of Yesterday's New Quintet -- and hearing this set, it's virtually a blueprint for that group's current work! Includes great covers of "In The Rain", "Day Dreaming", and "Love Is Here" -- plus Wooten's excellent original tracks "Monkey Hips & Rice" and "Joy Ride".

Recorded live at the 19th Whole Night Club 1972, Indianapolis, IN
Billy Wooten (vibes); William Roach (guitar); Emanuel Riggins (organ); Harold Cardwell (drums)

13.5.06

Marta Szirmai with Qualiton Jazz Ensemble




La pochette est d'un goût qu'on peut trouver douteux, mais elle recèle néanmoins un disque rare, sorti en 1964, celui de la cantatrice hongroise Marta Szirmai. Elle s'est illustrée dans le classique mais aussi avec cette formation de jazz ; ce qui, de l'autre côté du Mur, constituait en soi une exception culturelle. L'album (sans nom) est connu pour son morceau le plus groovy, Bagira (repris dans la compilation The spinning wheel of jazz), où la voix de Marta prend des accents sauvages dignes d'Yma Sumac. On retiendra également sa belle interprétation de Summertime, sur la face B, qui est principalement occupée par des reprises de Leonard Bernstein (West Side story) et de Georges Gershwin (Porgy and Bess). Le reste du tonneau est de très bonne facture musicale, dans une veine de vocal jazz plus classique.

One may consider this a bad taste cover ; nevertheless it is a rare set, cut in 1964, from the Hungarian singer Marta Szirmai. She used to sing for classical ensemble but she had also cut two beautiful jazz albums (this one and Modern Jazz. I), which was unusual in eastern europe during the cold war era. The album (without name) is known for the groovy Bagira (included in The spinning wheel of jazz compilation), where the voice of Marta takes wild accents worthy of Yma Sumac. Listen to her beautiful performance of Summertime, on the B side, which is dedicated to Leonard Bernstein (West Side story) and George Gershwin (Porgy and Bess) with original renditions. The other tracks are of the same kind : a great batch of classical vocal jazz.

En écoute la face A.
A side - Rip access mp3

En écoute la face B.
B side - Rip access mp3