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9.11.08

Archéologie de la modernité # 3 : Les Luna-parks abandonnés











Après les ruines rouges des palaces de Kep et Bokor, je tombe sur ces étranges photos de Luna-parks en déshérence. En recherchant sur le net, je découvre que plusieurs parcs d'attraction dans le monde ont subi le même destin : vastes équipements au rebut, que les promoteurs n'ont même pas (encore) pris la peine de démonter. Grandes roues aux mécanismes grippés pour toujours, qu'il faudra découper au chalumeau, dinosaures abattus comme des jouets par un enfant capricieux, montagnes russes rouillées qui surfent dans la canopée envahissante ; l'ensemble rappelle ces navires décarcassés sur le rivage, fantomatiques, toutes lumières depuis longtemps éteintes. Et on se demande pour quelle raison ils sont tombés dans une telle déchéance (non rentabilité ? loisirs démodés, supplantés par les Spacemountains et autres attractions technologiques de nouvelle génération ?).
Deux spécialistes, à l'origine du texte ci-dessous, répondent à ces questions, et pour les amateurs, il existe à ce sujet de nombreux exemples et photos sur le net, un article en anglais sur Wikipédia recensant tous les parcs dans ce cas.

"Just because a park is currently empty and silent does not mean it is necessarily abandoned. Many parks close temporarily because of new ownership, extensive renovations, or seasonal operating schedules. Generally speaking, however, a park is said to be abandoned when it is no longer operating under its normal schedule and there is no definitive plan to reopen the facility. These defunct amusement parks may stand empty for years, or they may be quickly removed to make way for new construction developments or other projects.
Another term frequently applied to abandoned amusement parks is “SBNO” – standing but not operating. While this term is more often used to describe a single ride at an operating park, it can be applied to an entire park that is no longer in service.
An amusement park may be closed for a number of reasons. An amusement park is a part of the entertainment industry and when guests’ preferences change, not every park can keep up with those changes to continue operating successfully. The most common reasons for parks to close include: Economics, Limited Expansion, Parks without guests will eventually close, Family Ownership, Corporate Purchases, Damage, Accidents.
After an amusement park is abandoned, there are several things that may happen to its rides. In some cases, the rides may be left untended for years while a new buyer is sought or insurance claims are settled, and in that time they gradually decay, possibly beyond repair. If a park closes for economic reasons, the rides may be auctioned off to be relocated and reopened as new attractions elsewhere. If the rides cannot be sold or are too decrepit, they may simply be demolished and scrapped, though some parts – entrance signs, roller coaster trains, etc. – may end up as collectors’ items in museums or private collections. Sometimes rides and attractions may be removed from abandoned amusement parks to be put in storage to keep them from decaying while legal and financial concerns are sorted out. In this case, the rides may later be sold and reassembled at new locations."

Quotation from : http://themeparks.lovetoknow.com/Abandoned_Amusement_Parks ; text by Melissa Mayntz and WendyMichaels

26.10.08

Jeroen Verhoeven - Table Cinderella



Ce meuble aux formes stupéfiantes a été créée en 2005 par l'artiste hollandais Jeroen Verhoeven, qui a fait ses classes à l'Académie de design d'Eindhoven.
Il a nommé sa table Cinderella en référence à l'outil de morphing et de coupe robotique à 5 scies.
La table est composée de 57 planches de bouleau. Elle présente trois faces : la première (image supérieure), tout en rondeurs et volutes organiques, apparente l'objet à une improbable conque de bois, meuble futuriste sans fonction manifeste ; un quart de rotation et le meuble se drape en commode ; un quart de tour encore et le drapé de bois est celui d'une console régence (image inférieure, l'autre côté). Le tout en creux bien sûr, car c'est là la trouvaille de Verhoeven qui ne saute pas tout de suite aux yeux... regardez bien, ce n'est pas le meuble plein mais le contour qui définit la forme.
Jeroen Verhoeven rappelle Erwin Wurm (dans ce blog), qui s'amuse lui aussi à contrarier d'une autre façon les lois de la rigidité des matériaux.

For the form of the table Verhoeven was inspired by 17th and 18th century archetypal shapes of tables and commodes that he found in the library of the Stedlijk Museum in Amsterdam, because he regarded this period as the highpoint of furniture craftsmanship.  He simplified their outlines, then merged them together in a computer to create a fluid three-dimensional form from two-dimensional drawings. 
This process took three months to perfect. The virtual design was 'sliced' and each of the 57 slices, each 80mm thick (a total of 741 layers of plywood), was fabricated by CNC (computer numerically controlled) cutting machines, working on three, and sometimes five axes.  Each slice was cut from the front and from the back to perfect the curves and undercuts, pushing the boundaries of the technology. All the slices were assembled and the entire object, which is a hollow plywood form, was finished by hand. 
Verhoeven said 'It's about attention to detail and the possibility to make something unique with a machine that is normally used for mass production.'
The object is clearly the result of computer aided design, but is also clearly hand-finished.  It alludes to grandeur through the outlines of historically grand furniture in its profiles, yet it is also economical and humble, an unadorned plywood shell with no applied surface. These contradictions, or juxtapositions, are commonly found in recent Dutch design.

8.12.07

Richard Woods & Sebastian Wrong - "WRONGWOODS"



Cette commode est une des pièces du programme "Collaborations", du fabricant anglais Established & Sons, qui propose à des designers et autres créateurs de travailler en partenariat. Ce qui m'amuse le plus c'est la relation (est-elle voulue ?) entre le nom des artistes et ce décor de faux bois (mauvais bois ?), pour ainsi dire agrandi (comme au photocopieur) et surligné dans ses noeuds et grandes lignes. Couleurs étonnantes et ludiques, cela ressemble davantage à une maquette ; on ne voit pas, dans cette photo, comment les tiroirs s'ouvrent.

21.1.07

Verrerie Orrefors


(au dessus/up) Helén Krantz, Vase Labyrinth Blue pour Orrefors,


(au dessus/up) Per B. Sundberg, Vases Move pour Orrefors, 1998.


(au dessus/up) Jan Johansson, Vase Albina pour Orrefors, 1998.


Quelques exemples superbes - à mon goût - des créations de designers contemporains pour la célèbre verrerie suédoiose Orrefors, créée en 1898, qui s'est enrichie des innovations d'un maître souffleur Knut Bergkvist, au début des années 20. Ce dernier met au point une nouvelle technique appelée Graal, qui consiste à tailler ou à graver à l'eau-forte du verre blanc, puis à le réchauffer et à le recouvrir d'une autre épaisseur de verre avant de le souffler dans sa forme définitive, ce qu'on peut voir avec le vase Albina. Dans les années 90, la verrerie décide de se concentrer sur la création et ses designers sont plusieurs fois lauréats du nouveau prix du design Utmärkt Svenska Form. Ils créent des pièces très sculpturales et techniquement perfectionnées qui rendent hommage aux traditions artistiques d'Orrefors, tout en explorant de nouvelles techniques pour le verre d'art et les objets de la vie quotidienne.


8.1.07

tetra pak (création : 1951, Lund, Suède)


Le tétrapak, je tombe dessus par hasard et c'est un pan de mes courses d'enfant à la superette qui resurgit (chacun sa madeleine !). Déjà à l'époque ce truc me laissait perplexe (tétrapak - t'es de traviole) ; l'objet en cuisine rendait furieuse ma mère qui tentait d'en déchirer rageusement la pointe, perdant la moitié du contenu, adieu pâte à crêpes !. J'entrevoyais confusément qu'on tenait là une forme alienne, dangereuse, multi-exploitable, et qu'on ne tarderait pas à nous la présenter à l'école en guise de problème de géométrie ou pire, de support créatif pour la fête des mères.
Le Tétrapak n'est pas si loin que ça et déjà vintage. On peut raisonnablement entamer une archéologie des objets de consommation moderne, tant l'oubli et l'innovation permanente recouvrent facilement ces objets anciens. C'est d'ailleurs un peu la démarche de Philippe Delerm et quelques écrivains avec "Petite brocante intime", qui nous rappelle les grandes heures du balai Bissel et autres merveilles de vide-grenier.
Cher Tétrapak, je crois que les distributeurs t'ont depuis belle lurette et crème fleurette mis au rancard des formes improbables que nous ait donné le design industriel. Car il faut savoir que cet objet est une invention de 1951, issue de l'esprit visionnaire de Ruben Rausing, industirel suédois. Avec son associé Akerlund, Rausing "essaie de mettre au point un contenant utilisant un minimum de matériau et parfaitement hygiénique pour conditionner le lait. Les premières études, réalisées en laboratoire par Erik Wallenberg, l'assistant de Rausing, révèlent que pour un carton de lait, la forme optimale est le tétraèdre". Cela m'enchante d'apprendre qu'il y a eu une époque où "le tétraèdre était la forme optimale". Dans les années 60 on était encore dans une logique de production et non de consommation. Il reste un peu de poésie dans cette forme incongrue, avant que le marketing du pot, du bidon et de la brique (Tétrabrik ils sont toujours là !) ne vienne rationnaliser l'espace du linéaire "frais".

in Design Scandinave, Charlotte & Peter Fiell, Taschen, 479 pp.