4.11.06

Neverending


J'aimerais signaler la sortie du premier numéro de Neverending (éditions Jhon), un nouveau magazine bilingue français / anglais, consacré à l'art, la création sous différentes formes et l'édition.



La profession de foi de l'édito - ci-dessus - va bien avec l'esprit de Martian shaker, on s'en doute. Mais au-delà, j'ai été très agréablement surpris par la bonne tenue des contenus, l'équilibre entre rédactionnels et visuels, et j'ai fait des découvertes d'artistes et de créations jubilatoires.

Sommaire
— Portfolio
— Les contes muets de Mïrka Lugosi
— Hout Auto de Joost Conijn
— Kriki, le punk de la peinture
— Matt Rota, mondes en ruine...

— Collector
— Rencontre avec Annie et Didier Grandsart
— Interview avec Guillaume DG, Intime collection

— Observer
— L’image mise à jour par Sylvie Boulanger

— Editor to Editor
— Interview avec Éditions Chez Higgins
— Interview avec Angelo Cinîmele
— Interview avec This is a magazine

— Fiction
— L’enlèvement par Raphaël Neal,
— Simon de la Porte, Jean-Marc Rabemila
— L’éponge par Nicolas de la Porte
— Roman photo par Nicolas Nakamoto,
— Éric Camus, Stéphane Argillet (France Fiction)

— Portrait
— Pierre Bourgeade : Entre Sade et sexe...
— Franck et Olivier Turpin, Body double

— Cinéma
— Pierre Charles, Fanéditeur par Christophe Bier

— L’oreille
— Satanicpornocultshop par Franck Stofer et Luc Meier
— Crépuscule girls par David le Simple
— Mapping par Olivier Sallerin

— Fan de
— Michael Franks par Nabi Lim

— Respiration
— Archiflex par Laurent La Torpille



Qu'on en juge, la revue attaque par un portrait de Mïrka Lugosi rédigé par Gilles Berquet (photographe talentueux de l'esthétique SM et bondage) et accompagné de reproductions de ses dessins sexuellement étranges, à la fois naïfs et surréalistes.


Create Your Own!

Je m'émerveille ensuite de découvrir les tribulations d'un artiste néerlandais, Joost Conijn, qui décide de fabriquer une véritable voiture en bois, de la monter sur roues, de l'alimenter par un poêle à bois et partir sur les routes de campagne avec un permis de conduire dessiné à la main lorsqu'il était enfant : "Grâce au poêle arrondi à l'arrière de la voiture, la poésie pratique et poétique de la "voiture-bois" s'affirma comme un symbole. Afin de l'alimenter en carburant, le conducteur devait s'arrêter régulièrement, retirer des bûchettes du tas empilé dans la remorque et les jeter dans le poêle incandescent. (...) Le conducteur ramassait du bois mort le long de la route et le fendait en brindilles à l'aide de sa hache. Le trajet naturel d'une telle voiture-bois n'emprunte pas les autoroutes rapides de l'Europe de l'ouest, mais les chemins de traverse boisés et en grande partie sauvages, de l'Europe centrale et de l'Europe de l'est. Des régions où les gens vivent encore à un rythme lent, en accord avec la nature environnante".


Create Your Own!

Après Pierre & Gilles, Gilbert & Georges, voici les jumeaux Franck et Olivier Turpin (l'un est peintre l'autre sculpteur), qui se retrouvent sur le terrain de la photo et de la vidéo où ils se mettent en scène et nourrissent l'art de leurs ressemblances de leurs différences. Intrigant.


Et puis c'est au tour de Pierre Charles, collectionneur de fanzines, presse parallèle, revues spécialisées, dédiées au fantastique, à l'insolite et au bizarre, notamment du cinéma parallèle ; lui-même rédacteur, maquettiste et créateur depuis 1978 de son incroyable Ciné Zinze Zone.


— Directeur de la publication : Bori Son
— Éditeur : éditions Jhon, Paris
— Année : 2006
— Périodicité : Trimestriel
— Format : 21 x 28 cm
— Pages : 138
— Illustrations : Couleurs et noir et blanc
— Langues : Français et anglais
— Prix : 15 €

25.10.06

Oswald d'Andrea - Le temps (0-12-24)


Profitez des largesses de Spacedebris qui remet en partage une des plus belles pièces de son blog, un disque fascinant d'inventivité et de fraîcheur, rappelant quelque B.O. enlevée de Michel Legrand ou de Roger Roger.
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18.10.06

Paul Desmond - From the hot afternoon



Comparé aux pièces maîtresses de la bossa nova, ou du courant brazilian jazz, et à leurs interprétations fabuleuses, portées haut par Stan Getz – notamment (avec Astrud ; et Joao Gilberto, Charlie Byrd), on peut se demander en quoi From the hot afternoon n’est pas une redite. C’est que Paul Desmond a eu tout d’abord l’intelligence de renouveler son répertoire, évitant de se frotter aux classiques de Jobim (Desafinado, Girl from Ipanema, Tide, etc) déjà joués à foison par le maître de la bossa nova lui-même et ses émules. Ce disque emprunte à Milton Nascimento (Outubro, Gira Girou, Catavento, Canto Latino) et à Edu Lobo (To say Goodbye, Circles, Martha & Romao, Crystal Illusions) des morceaux moins connus. De plus, bien que la prise de son initiale fût réalisée auprès d’une formation réduite (alto saxophone, guitare, basse, batterie), une superbe orchestration (harpe, violon, violoncelle, clarinette, hautbois, cor) vient enrichir en overdub l’enregistrement originel, et témoigner du goût revendiqué de Desmond pour une certaine beauté classique. C’est là la seconde différence avec plusieurs des productions de jazz samba (et avec l’autre grand disque de Desmond dans la même veine, Bossa Antigua) : une sophistication instrumentale qui fait ressembler cet opus à un cocktail de jazz lounge, finement dosé par les arrangements de Don Sebesky. Voici des violons alternant envolées onctueuses et traits nerveux d’angustura, là des motifs flûtés, pétillant au milieu des arpèges de harpe ou des multiples percussions (Outubro). Le souffle soyeux et raffiné, presque roucoulant, du saxophone alto de Paul Desmond se dépose sur ce tapis musical avec une extraordinaire élégance. Précipitez-vous sur Martha et Romao qui débute en percussions chaloupées dans un pur jus exotica (5 secondes à sampler). Dégustez Crystal Illusions, une pièce exotico-jazz, au groove ravageur, où la voix éthérée de Wanda de Sah fait des merveilles. Le style de Paul Desmond est extrêmement séduisant, feutré, fluide, tout en nuances subtiles, et les fines lames musicales qui l’entourent lui font un accompagnement chatoyant : Edu Lobo (lui-même – à la guitare et au chant), Ron Carter (à la basse), Hubert Laws (à la flûte) ; enfin Airto Moreira aux percussions et avec un jeu de batterie tout en pépites de cymbales, qui diffusent un swing délicieusement communicatif et chaleureux.

Personnel : Paul Desmond Alto Saxophone ; Marky Markowitz (1-10) Trumpet, Flugelhorn ; Marvin Stamm (1-10, 16) Flugelhorn, Trumpet ; Paul Faulise (1-10) Bass Trombone ; Jimmy Buffington (1-10) French Horn ; Don Hammond Flute, Alto Flute ; Hubert Laws Flute, Alto Flute ; Stan Webb Flute, Alto Flute, Drums, Percussion ; Phil Bodner Saxophone, Clarinet, Oboe ; George Marge Saxophone, Clarinet, Oboe ; Lewis Eley Violin ; Paul Gershman Violin ; Charles McCracken Cello ; George Ricci Cello ; Jack Jennings Percussion ; Airto Moreira Percussion, Drums ; Don Sebesky Arranger ; Edu Lobo (6-7, 10) Guitar, Vocal ; Wanda De Sah (4, 6, 10) Vocal ; Dorio Ferreira (1-5, 8-9, 11-16) Guitar ; Ron Carter Bass ; Pat Rebillot (1, 3-16) Piano, Keyboards ; Margaret Ross (1-2, 4-16) Harp ; George Ockner (1-10) Violin ; Eugene Orloff Violin ; Raoul Poliakin Violin ; Max Pollikoff Violin ; Matthew Raimondi Violin
Sylvan Shulman Violin ; Avram Weiss Violin

When this album was produced in 1969, alto saxophonist Paul Desmond, who had become famous during his long tenure with pianist Dave Brubeck’s quartet in the Fifties and Sixties, had left that group and gone out on his own. With his laid-back, sensuous sound, his subtle and lithe rhythmic variations, Desmond was ideally suited to interpret Brazilian standards. The brainchild of Sergio Mendes — who had scored tremendous hits with his group Brasil ’66 — From the Hot Afternoon was provided a lush orchestral backing and settings by Don Sebesky, and rhythmic support by the great team of Ron Carter on bass and Airto Moreira on drums and percussion. The Brazilian Airto, with his soufflé of textured rhythms, is a perfect match for Desmond’s saxophone. And the guitars of Dorio Ferreira and Edu Lobo provide an ideal cushion for Desmond’s sly yet warm sound. Several of Lobo’s compositions are featured on the album, notably "Crystal Illusions," as are works by another emerging master of the era, a teenaged newcomer named Milton Nascimento.

The supporting cast is stellar and the material has been carefully chosen from the songbook of the Brazilian generation that followed the bossa nova masters like Antonio Carlos Jobim. But it is Paul Desmond’s dry-ice wit that holds everything together, giving a flavorful balance to the essential sweetness of the Brazilian pop sound. The saxophonist spins out this wryly gentle reverie on love and loss with deceptive ease.

Mémoires de guinguettes


Create Your Own!

Il faut courir acheter le très beau livre "Mémoire de guinguettes", illustré de gravures, paroles de chansons, tableaux de maîtres, publicités, pochettes de disques et cartes d'époque. Francis Bauby, Sophie Orivel et Martin Pénet retracent la vogue des guinguettes qui à la fin du XIXème siècle bordent la Marne et d'autres rivières de la région parisienne. Jean Dréjac nous raconte - entre guoguette et musette - comment le mot vient de "guinguet" un vin tellement aigre qu'il fait danser les chèvres". "Parfois huppées, les guinguettes furent le plus souvent caboulot, petit cabanon niché au fond d'une calanque, simple cabane en planche ou même paillotte pour mieux provoquer la curiosité. (...) Pourtant jusqu'à une époque assez récente, ce patrimoine n'a jamais suscité le moindre intérêt, au point que la plupart des vestiges ont été rasés au cours des années 1960 et 1970." Hormis les célèbres guinguettes "Chez Gégène" et "Le petit Robinson", il ne reste plus grand chose de cet art de vivre, cette atmosphère de bals, détente sous les saules pleureurs, fritures de goujons et d'ablettes, canotage bon enfant préfigurant l'ambiance des premiers congés payés à la fin des années 30, flirt à la java de "Casque d'or", entraînée par Gus Viseur ou "Nogent Eldorado du dimanche", par Marcel Carné.

Mémoire des guinguettes, Omnibus, 218 pp. accessible ici

15.10.06

Nana Mouskouri in New York - The Girl From Greece Sings



Ceux qui ont dit que Nana Mouskouri "était" ringarde se sont certainement trompés de temps, car si l'imparfait renvoie aux années 60, Nana Mouskouri in New York est la réédition en CD d'un disque magistral. En 1962, encore peu connue en Europe et a fortiori aux USA, Nana Mouskouri est invitée - par les pontes de Mercury et de Fontana (France) - à interpréter une quinzaine de standards de jazz. Des valeurs sûres, mais sous la direction exigeante de Quincy Jones, Nana va devoir réviser dur sa phonologie anglaise. Et puis le pari sur une étrangère inconnue était assez périlleux quand on connaît les calibres qui ont chanté Till there was you (Peggy Lee), Don't go to strangers (Etta Jones) ou Smoke gets into your eyes (The Platters). Avant d'entrer en studio, Nana passe trois semaines à arpenter les rues de New York et à s'imprégner de la ville, le soir elle va dans les clubs de jazz. Le résultat est là, ce disque est de la belle ouvrage, équilibré à tous points de vue, et le mérite n'en revient pas qu'à Nana Mouskouri. Il y a tout d'abord l'équilibre de l'enregistrement qui laisse la part belle au vocal, avec l'impression d'une pureté de gravure en DDD : la faute à Phil Ramone, l'ingénieur du son. Et puis la voix: un accent anglais devenu parfait, une nonchalance de diva, une intonation claire, par endroits alanguie (Hold me, thrill me, kiss me, The touch of your lips), avec quelque chose de mélancolique qui vous remue de l'intérieur. Autant le dire tout de suite, hormis les bonus tracks inédits : Almost like being in love, But not for me, et I get a kick of you, qui swinguent avec élégance, l'ensemble ne fait pas dans le fun. Peut-être parce que les notes graves de la contrebasse et les autres cordes donnent une coloration dramatique à un chant qui semble se déployer dans un air raréfié. L'équilibre est enfin celui des compositions, portées par un orchestre de jazz lounge discret. Tout à la fin des notes de la pochette, on découvre derrière les arrangements le nom de Charles Albertine, l'arrangeur des Three Suns, qui montre ici un talent subtil et dose avec parcimonie ses choix instrumentaux. Ce qui nous fait dire qu'il n'y a pas de hasard en ce bas monde. Exquis.

Mouskouri was first brought to the attention of American audiences in 1962 when Quincy Jones produced her first album in the U.S., The Girl From Greece Sings. Bob Dylan was so taken by Nana's performance at a 1979 concert that he wrote a song for her. Nana's "fan club" also includes Neil Diamond, Julio Iglesias and Harry Belafonte, who has toured with her in the United States and Canada.
The Girl From Greece Sings was reissued as Nana Mouskouri In New York to a surprised but positive response from jazz enthusiasts, who had been unaware the singer could handle the genre at all.

Art Brut #2 - Giovanni Battista Podestà


Create Your Own!

Giovanni Podestà (1895-1976) est un modeste ouvrier céramiste italien de la région des lacs du nord de l'Italie. Il réalise tout au long de sa vie des centaines des figurines en plâtre, objets peints et compositions, accompagnées de textes mystico-moralisateurs. Ses productions me rappellent les pièces bricolées d'artisans africains ou brésiliens, qui se servent de tout ce qui leur passe sous les mains pour réaliser avions, voitures, personnages, en canettes de Coca, bouts de bois, ficelle. Sortes de petites saynètes syncrétiques qui évoquent autant les crèches napolitaines que l'univers forain, ou ces objets de culte vaudou piquetés d'aiguilles et de clous. Mais en définitive ce qui me plaît le plus chez Podestà, c'est la couleur, un éclatement de tons primaires (primitifs ?), de verts, jaunes, bleus décorant des objets réalistes et naïfs, comme dans les anciens manèges. Ses oeuvres ont été collectionnées par Jean Tinguely à partir des années 50. On en retrouve de nombreuses à la Fabuloserie et il a fait récement l'objet de plusieurs importantes expositions.



Podestà was born in 1895 at Torre Pallavicina, a little village in Lombardy. His background was modest: his father died when he was a child and there was a large family to support (he had 12 sisters). In order to help the family, he left school at 10 and was apprenticed to a stonemason.

His experiences during the two world wars affected him deeply. When the First World War broke out, Podestà, then just 20 years old, was sent to the front. On his return home, he found it difficult to adjust to civilian life. He joined the carabinieri and was sent to Laveno, a small town beside Lake Maggiore, where he later worked in a large ceramics factory. In 1939, Podestà joined the army once again. This war, even more than the previous one, left him with deep and lasting moral scars.

A large part of his work was produced during the so-called ‘Italian miracle’ years (1950-1960), when the economy was developing at a rapid pace. Agrarian reform uprooted the social and technical structures of the northern Italian countryside. The rural society in which Podestà lived underwent a metamorphosis. People were wrenched away from their peasant culture, the links between nature and tradition brutally severed. Distanced from his community, excluded from his environment, uprooted and exiled, Podestà became the standard-bearer of protest at the extinction of his peasant ‘race’, the extinction of an entire symbolic heritage and its spiritual values.

6.10.06

Bernard Parmegiani - Pop'eclectic



Extrait de la chronique de Trimalcion sur le site GutsofDarkness / Link available thanks to Baron Samedi

"Pop'eclectic" (1969) est une suite de pastiches de musiques de film ou de génériques TV, passées au broyeur et rythmées par des boucles entraînantes ou des sons qui surgissent sans crier gare (avions, cantatrice d'opéra, cordes). Dans la même optique (et peut-être pour égaler le succès commercial de la "Messe pour le temps présent" de Pierre Henry et Michel Colombier ?), "Du pop à l'âne" (1969) présente un patchwork un peu fou qui fait se superposer la musique du Sacre de Stravinsky, du Quatuor pour la fin du temps de Messiaen, ainsi que bien d'autres classiques que vous pourrez vous amuser à identifier ou non, des rythmiques africaines, du piano classique, de la pop (j'ai noté la basse de "You're lost little girl" des Doors, par exemple), et d'autres choses encore, qui ne font pas forcément bon ménage. Enfin, c'est Michel Portal qui s'y colle dans "Et après" (1973), où il joue du... bandonéon ! Comme pour "JazzEx", Parmegiani sculpte sur bande des sons de l'instrument métamorphosés, qui se mêlent à l'improvisation en direct."

Bernard Parmegiani (Paris, France, 1927) started off as a sound engineer for French television (ORTF later known as RTF). Originally a mime during the four years studies at Lecoq & Decroux school, he joined the Groupe de recherches musicales (GRM) in 1959 for a two years master class. His first major work (Violostries) is composed in 1962 for a choregraphy performed for Théâtre Contemporain d’Amiens directed by Jacques-Albert Cartier.
His interests goes also live: he interacted during the seventies with jazz practitioners for improv sessions with french jazz fellows J.-L. Chautemps, B. Vitet or M. Portal. He went in London to perform live with The Third Ear Band.
Pop'eclectic is Odd-ball music concrete from this legendary French composer. This disc presents archival material from 1966-1973, thereby predating the pop cut-ups of Christian Marclay by a good bit. The four pieces here feature a patchwork of styles, at times fused with symphonic elements, or having free jazz musicians play over prerecorded tapes of electro-acoustic music. Important, influential, and a fun listen, too!

4.10.06

Art Brut #1 - Laure Pigeon




Chose promise... chose due. Voici donc ma première égérie de l'Art Brut. J'aime beaucoup Laure Pigeon. Ses dessins me sont apparus immédiatement comme des visions surréelles et improbables. On distingue ici un buste de femme au visage esquissé, gagné par des cheveux en plumes de choux (Dix Novembre 1961 - encre violette et bleue - 65 X 50 cm) ; là une forme vaporeuse qui semble s'épanouir dans un étalement de feuilles et pourtant le titre vient brusquer ces éléments végétaux, animaux ou fluides ! (Pierre, Collections du Musée de l'Art brut, Lausanne)
Ces dessins sont des oeuvres réalisées sous emprise médiumnique, phénomène que l'on relie au spiritisme en vogue à la fin du XIXème siècle, et dont Laure Pigeon(1882-1965) est une des figures marquantes.

"Parmi les artistes appartenant à ce mouvement, les plus connus sont Augustin Lesage, Laure Pigeon, Fernand Desmoulin, Jeanne Tripier, Madge Gill, Joseph Crépin, Marguerite Burnat-Provins, Hélène Smith, Josef Kotzian, Léon Petitjean, et d'autres… personnes a priori éloignées de toute activité artistique et qui ont commencé à dessiner, peindre et écrire sous une impulsion dictée de l'extérieur.

Ces artistes affirment être en contact avec un autre monde, celui des défunts, des êtres qui leur donneraient une marche à suivre. En examinant de plus près le parcours de certains de ces artistes spirites, quelques constantes se dégagent: ils affirment entrer en contact avec l'au-delà, ils se lancent dans un processus créatif fébrile, proche dans quelques cas de la transe, ils exécutent leur travail de manière spontanée et rapide, sans jamais hésiter sur le geste à accomplir. Cela donne des résultats étonnants, pour ne pas dire époustouflants. Le trait est sûr, net et précis. L'élégance et le raffinement sont au rendez-vous, la maladresse qui peut apparaître n'est jamais perçue comme un manque de talent. Si, la plupart du temps, ces créations sont abstraites, on y retrouve cependant régulièrement des compositions florales, des animaux ou des humains, occupant tout l'espace soumis à la main de l'artiste." Marielle Lefébure

3.10.06

Christophe Bourdin - Le fil


Malgré le peu de succès des propositions de découverte littéraire, je persiste !

"Qu'est-ce que la vie quand on n'a que 20 ans et qu'on apprend qu'on est séropositif ?"
Christophe Bourdin a réalisé il y a quelques années avec Le fil, son premier roman, un livre d'une justesse et d'une vérité rares. Le choix de construire le récit à la seconde personne du pluriel - que l'on n'avait peu vue depuis La modification de Michel Butor - vous projette dès la première page dans la vie de ce jeune homme semblable à tant d'autres hommes et femmes, mais déjà miné par la peur de la maladie, dont le lent travail vous apparaît tout doucement, comme ça, dans les choses de la vie. Le fil est divisé en 3 parties : Le temps des hypocondries (au passé), le temps de l'agonie (au présent) et le temps du rêve (au conditionnel). Cette dernière partie de la narration est sublime, confine à la poésie pure et j'aimerais en livrer quelques pages ce soir. Pour ma part je la lis en écoutant la B.O. composée par Simon fisher Turner et une pléiade de musiciens pour le film Blue, de Derek Jarman, sur le même sujet.
Sinon Bablablog en parle mieux que moi, suivez le lien au dessus.
Le roman Le fil est accessible : ici.




1.10.06

Conjunto 3D - Muito na onda


Comme ce disque est une petite merveille, qu'il n'apparaît pas sur des blogs ultra-pointus tels que Loronix ou Sabadabada, je me permets de le mettre en partage. C'est un exemple éclatant de la capacité brésilienne à intégrer et digérer toutes les cultures et les musiques du monde. Standards de jazz américain, titre de Francis Lai (Un homme et une femme), Conjunto 3D passe tout ça à la moulinette d'un swing extrêmement tonique et accrocheur, à la manière des productions samba jazz des années 60 (Milton Banana, Elza Soares, Zimbo trio, et tant d'autres que je vous recommande de découvrir sur les blogs cités plus haut).

En écoute le très swing : Watermelon Man
<bgsound src="http://www.hddweb.com/86521/Watermelon_man.mp3" loop=infinite>

Amazing Brazilian LP from 1967 which crams in bossa Latin versions of "When The Saints Go Marching In", "Un Homme Et Une Femme", Cole Porter's "I've Got You Under My Skin", Herbie Hancock's "Watermelon Man" and two Marcos Valle tunes plus more standards of the time.

30.9.06

De Wolfe @ Half Price (compilation)



Une excellente et copieuse compilation proposée il y a quelques années par notre ami Johan Dada, grand connaisseur en matière de lounge et de bizzareries musicales rétro. De Wolfe@ Half Price picore dans une demi-douzaine d'albums des années 69 à 71, pour nous offrir une sélection de compositeurs et formations majeurs de l'illustration musicale (The Roger Webb Sound, The London Studio Group, Johnny Hawksworth - avec un merveilleux morceau d'exotica orientale : Journey into Fantasy).
Les titres sont dans les commentaires.

While most sound library compilations focus on the funkier or beat-heavy tracks, this great gem goes for the groovy and jazzy numbers - and picks the best of De Wolfe's light and breezy output, including some killer bossa and soundtrack-type cuts. There's a really jazz and swing feel to the whole set -- no surprise, as many of the talents were actual recording jazz players themselves, simply working in the studio for De Wolfe in order to bring in a little extra cash. The whole thing's great - really overflowing with great numbers that will show you that the sound library scene is still wonderfully under-tapped! Titles include "Gentle Eyes", "Heavy Lace", and "Coaster" by Roger Webb Sound; "Supercharger" by The London Studio Group, "Baby Jane" by the Soft-Slipper, "Waiting For The Summertime" by The Cool, "Swing-A-Day" and a beautiful exotica cut (Journey Into Fantasy) by Johnny Hawksworth. Titles in comments.

27.9.06

Art Brut #0


Je m'aperçois en relisant le profil de Martian Shaker que ce blog ne serait pas complet s'il n'évoquait ce champ de productions hors normes, foutraques, poétiques, cachées, dérangeantes, inconnues des circuits institutionnels de l'art ; ces créations autistiques, compulsives, réalisées sans le moindre souci du spectateur, et qu'on a qualifiées d'Art Brut : toiles, dessins, assemblages, produits par des retraités, des paysans, des fous, des bouchers, des facteurs. Ce sont des "marginaux réfractaires au dressage éducatif et au conditionnement culturel, retranchés dans une position d’esprit rebelle à toute norme et à toute valeur collective. Ils ne veulent rien recevoir de la culture et ils ne veulent rien lui donner." (Michel Thévoz)

C'est Jean Dubuffet qui en France le premier découvre ces pièces dotées d'une étrange beauté et choisit de les élever au rang d'oeuvres (et non de sujet de thèses de doctorat en psychiatrie); Dubuffet qui s'acharnera toute sa vie durant à collectionner les trouvailles, étudier et documenter le fonds, installer un musée, chercher en France et à l'étranger où se trouve l'art brut. Car il ne tente pas de définir l'art brut mais de le dénicher, là où il est - au fond d'une grange, dans un hôpital ou un garage - diamant brut dans sa gangue de terre. Avec respect et simplicité, Dubuffet s'attachera à juger les oeuvres et non les hommes, à voir non pas la névrose dans les figures ou les couleurs, mais la puissance de l'expression, la cohérence d'une syntaxe plastique, telle qu'on peut l'admirer dans un dessin d'enfant.

"L’œuvre est donc envisagée par son auteur comme un support hallucinatoire ; et c’est bien de folie qu’il faut parler, pour autant qu’on exempte le terme de ses connotations pathologiques. Le processus créatif se déclenche aussi imprévisiblement qu’un épisode psychotique, en s’articulant selon sa logique propre, comme une langue inventée. D’ailleurs, quand les auteurs d’Art Brut s’expriment aussi par l’écriture, c’est en accommodant la grammaire et l’orthographe à leur tour d’esprit. C’est une création impulsive, ..., qui n’obéit à aucune demande, qui résiste à toute sollicitation communicative, qui trouve peut-être même son ressort à contrarier l’attente d’autrui." Michel Thévoz, tiré de "Art brut, psychose et médiumnité", Editions de la Différence, Paris, 1990, pp.34-35.


Hommage à Jean Dubuffet, donc, et à toutes les associations qui ont essaimé avec et après lui en France et ailleurs. Allez découvrir les merveilleux trésors de l'Aracine, de La Fabuloserie et, si vous êtes à Lausanne, la Collection de l'Art Brut.

Régulièrement, désormais, une notule sur un créateur d'Art Brut.

The term Outsider Art was coined by art critic Roger Cardinal in 1972 as an English synonym for Art Brut (which literally translates as "Raw Art" or "Rough Art"), a label created by French artist Jean Dubuffet to describe art created outside the boundaries of official culture; Dubuffet focused particularly on art by insane asylum inmates.
While Dubuffet's term is quite specific, the English term "Outsider Art" is often applied more broadly, to include certain self-taught or Naïve art makers who were never institutionalized. Typically, those labeled as Outsider Artists have little or no contact with the institutions of the mainstream art world and they often employ unique materials or fabrication techniques. Much Outsider Art illustrates extreme mental states, unconventional ideas, or elaborate fantasy worlds. Since 2000 the EUWARD, the European Award for painting and graphic arts by mentally handicapped artists, is providing this art with an international forum.

23.9.06

Piero Gilardi - Tapis-Nature


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Ces petites scènes de nature idyllique sont les oeuvres d'un plasticien italien contemporain : Piero Gilardi. Exposées sous forme de tapis (au sol) ou de tableaux, les pièces se présentent comme des fragments de nature : sol d'une forêt, vagues de la mer que survolent quelques mouettes, plages de galets... reproduits à l'échelle 1/1 en polyuréthane expansé. Polychromés jusqu'au presque parfait réalisme, ils forment une succession de "tableaux" entre peinture et sculpture, entre décor et élément de design. J'aime bien ces tapis parce qu'ils font illusion un instant ; et puis lorsqu'on y regarde de plus près c'est trop beau pour être vrai. Cela rappelle les corbeilles de fruits en pâte d'amande, les fleurs en plastiques, les dessins animés en pâte à modeler du studio Aardman. Il y a dans cet artifice environnemental une volonté de coller au réel jusqu'à un certain point, mais la perfection de l'assemblage des éléments, dans l'esprit des arrangements d'ikebana japonais, ajoutée à l'éclairage, au sens du détail, à la vivacité des couleurs emmène ces tableaux dans l'univers du décor kitsch et du merveilleux. Gilardi c'est un peu comme si Disney nous refaisait un gros plan en 3D sur un coin de la forêt de Bambi.

17.9.06

Black Cat Records Sampler


Une jolie compilation italienne de library et jazz funk des années 60 & 70, préparée par le label romain Black Cat recordings, lié au magazine rétro-futuriste Il Giaguaro (dont le site semble avoir disparu).
On relève deux pièces musicales du célèbre Alessandro Alessandroni : North wind, à coloration folk, et Fuga d'amore, tout en scat rappelant les Jumping Jacques (d'ailleurs il faut que je poste une notule sur ceux-là). Les autres morceaux, pleins de la belle énergie des swinging sixties, sont d'illustrateurs sonores moins connus : Amedeo Tommasi, Remigio Ducros, Subelli, Nicelli. Un complément parfait aux sélections de perles obscures de jazz funk de la série Suono Libero, chez Irma La douce.

West India Company - Music From New Demons



West India Company est un projet éphémère et plutôt réussi associant musique et danse contemporaine (on recense un maxi Ave Maria et ce debut album qui n'aura pas de suite, à notre grand regret). Pour la musique on retrouve Stephen Luscombe, figure de la new wave des années 80, claviériste du duo Blancmange, associé ici à Peter Culshaw et Pandit Dinesh, maître en percussions indiennes. Pour la danse c'est la prestigieuse compagnie québecoise La la la human steps, dirigée par Edward Lock, accompagné de sa muse Louise Lecavalier, flamme virevoltante et rayonnant d'une énergie formidable dans les performances multimédia du chorégraphe. Entre eux l'Inde et ses sortilèges musicaux, incarnés par Asha Bhosle, diva des BO de Bollywood et une jeune chanteuse indienne au talent prometteur Priya Khajuria. La rencontre de ces artistes forme une alchimie très réussie de musiques de films, d'orchestrations exubérantes mêlant jazz, folk, fulgurances disco, samples et sons étranges des années 80, un peu comme si Art of Noise était tombé dans une marmite hindoustani (si, si). New Demons déploie une ambiance romantique et épique, à la fois sacrée et profane, à la manière des grandes fresques du cinéma indien. Appréciez les déferlements percussifs de Pandit, le très lyrique Driver chanté par Edouard Lock...et demandez le début.

Face B :
Bengalis from outer space 5.45
Pandi 6.59
Driver 3.44
Bengalis re-entry 4.58
Juggernaut Ude Cha Panchi 5.52


Having already incorporated Indian music with Blancmange's new wave grooves, keyboardist Stephen Luscombe delved into it further with the West India Company. As with Blancmange, the West India Company combined keyboard-heavy club rhythms with Indian instrumentation. The biggest difference were the vocals of Indian superstar Bhosle, which transcended the West India Company from its Western origins. The West India Company introduced Bhosle to European and American audiences who weren't familiar with her, receiving exposure on British and German television. In 1989, the West India Company released their debut LP Music From New Demons. Blancmange had already broken up by then and Luscombe took the West India Company on a U.S. tour. The group performed at 13 cities in 20 days, a cross-country road trip that left the band exhausted. Nevertheless, the group flew to a gig in Stockholm, Sweden, after leaving America. However, Bhosle became stricken with colitis before the concert. Instead of canceling it, Bhosle found the strength to sing and then spent an entire month in bed recovering from her illness. ~ Michael Sutton, All Music Guide

Davaca artiste à suivre

Davaca est un artiste brésilien à la production foisonnante, découvert sur le site de photos et collages FlickR. Si tout n'est pas génial dans ses photomontages usant et parfois abusant d'effets photoshop, sa thématique des stencils (avec leur contraste pochoir très marqué) et des collages sur Marylin et d'autres icones warholesques des années 50 et 60, témoignent d'une belle vitalité créative.


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15.9.06

Jay glaze & Pro-celebrity Golf - Three sinister syllables


Vous vous souvenez de Tape Beatles, de Negativland (années 80) ? euuhh, ou bien du patchwork de samples obscurs des 45 Midgets, dans ma notule de Juillet ... non ça ne vous dit rien ? Eh bien ces deux lascars de Manchester : Jay glaze & Pro-celebrity Golf nous offrent une longue pièce jubilatoire et du même tonneau. Trois Syllabes Sinistres est une arlequinade qui mêle art punk, avant groove. On y trouve un mélange rafraîchissant et imprévisible de vieux tubes de ABBA, Partridge Family, Barry White, Bee Gees, des bribes de hip hop, des beats de country western, des airs de latin jazz, de la pop suédoise, des perles d'Eurovision, des vieilles connaissances parfois... mais résistantes au blind test. C'est que ça va chercher loin dans les sixties & seventies, hors des sentiers battus ; donc tout ce qu'on aime chez Martian Shaker !

"Three Sinister Syllables" is a one-off project from two individuals from Manchester that respond to names of Pro Celebrity Golf and Jay Glaze. These two are basically mash-up or cut'n'paste artists along the lines of someone like John Oswald or The Tape Beatles. There are two major differences however. Firstly, they favour longer tracks as a form of expression, rather than the quick snap'n'paste that Oswald gets into. Secondly, they have an actual feeling for the beat. Every one of the eleven tracks on this record grooves. Who do they steal from, you ask. For starters, I caught extended glimpses of original ABBA, Partridge Family, Barry White, Bee Gees tracks thrown into this mad hip-hop, mash-up, groove-out break-your-back mix. But who the hell steals from Charles Mingus, I ask you? [Maybe, this is just a reflection of good taste, I suppose.] It's impossible to listen to this record with a straight face. The use of some 50's or 60's soundtracks and instructional records only add to the overall fun. A little scratching here, a lot of samples here, in the end, this is the most messed up shit to hit your speakers in a long time. If you delight in stolen machinations and like your samples thrown on fat and juicy, "Three Sinister Syllables" is definitely up your alley.

13.9.06

Juan Garcia Esquivel - Petite bio d'un grand excentrique


Surnommé le " Van Gogh de la space age pop ", le " Dr. Jekyll de l'orchestration ", ou encore le " Duke Ellington mexicain ", Esquivel, une des figures les plus marquantes des musiques excentriques des fifties, aura mérité ces comparatifs élogieux.

Self made man

Juan Garcia Esquivel est né au Mexique, le 20 janvier 1918, à Tampico. Comme de nombreux petits génies, il manifeste très tôt des dons pour la musique. Quasiment autodidacte, malgré quelques bases acquises durant l'enfance, il pratique le piano de manière empirique, et une fois adolescent, se produit gratuitement dans tous les endroits où il peut jouer. Ses parents pressentent une vocation et le laissent la développer. Lorsqu'ils déménagent à Mexico, au début des années 30, Esquivel commence à se faire connaître en jouant du piano en solo pour une radio populaire locale : XEW. Durant cette période il se familiarise avec les premières techniques d'ingénierie du son. Mais la musique reste son vrai but, avec l'intense désir d'écrire, lui aussi, une de ces chansons populaires qui passent par les ondes et qu'on fredonne dans toute l'Amérique. A 14 ans, il se donne trois ans pour apprendre tout seul l'harmonie, la composition et les arrangements. A 17 ans, pari gagné, il est déjà aux commandes d'un orchestre de 22 instruments et 5 vocalistes, gagnant des concours, jouant toujours à la radio, dans les clubs et bientôt pour la télévision naissante. A 20 ans, il est populaire en Amérique centrale. Sa réussite apparaît comme emblématique du " self made man ", réussissant à force d'audace et de persévérance. ...


Le déploiement du style Sonorama
Il a près de quarante ans lorsque, en 1957, RCA lui fait les yeux doux en négociant un pressage américain pour un de ses albums diffusés au Mexique : To love again. Désirant signer ses albums futurs, RCA demande dans quel délai le prochain album sera prêt. Esquivel répond : 12 mois de répétition pour 12 titres ! (le standard des LP de l'époque), expliquant que ses arrangements sont très complexes à assimiler pour ses musiciens, ils apprennent chaque note et chaque son par cœur…tout simplement parce qu'ils ne savent pas lire les partitions ! ! ? ? Qu'à cela ne tienne, RCA lui propose de venir enregistrer directement aux US, où il disposera des meilleurs musiciens. Esquivel signe un contrat de trois ans et part à Hollywood. Pour son premier album américain " Other worlds, other sounds " RCA lui donne 5 heures d'enregistrement. Il boucle les 12 titres en 3h1/2. De fait, Esquivel était fin prêt pour tirer le meilleur parti d'interprètes chevronnés ; il avait peaufiné ses titres au piano, connaissait ses arrangements dans leurs moindres détails. Le succès de ce 1er album américain est exceptionnel. RCA est en confiance, lui laisse les coudées franches avec 24 musiciens mis à sa disposition 8 h par jour. Esquivel peut enfin donner libre cours à sa fantaisie expérimentale : nouvelles cordes, nouveaux instruments : du theremin dans " Exploring New sounds ", des sons de bambou (My blue heaven) un Ondioline (Whatchamacallit ), un buzzimba (Lazy bones). Conscient de son talent atypique, il donne un nom à son style : " Sonorama ", mélange de prises de sons panoramiques à la sauce de ses arrangements incongrus.


Don Juan à Las Vegas
Son contrat, renouvelé annuellement, et puis d'autres, lui permettront d'exercer - dans la continuité de ce qui l'avait rendu populaire au Mexique - son talent d'entertainer de grande classe et de grands clubs. C'est le début des années 60, Esquivel signera pour jouer durant 26 semaines par an - avec un orchestre de 10 instruments - dans un palace de Las Vegas. Il n'était pas insensible aux signes et symboles de sa réussite, multipliant dans le désordre les conquêtes amoureuses, les mariages successifs et les acquisitions de voitures de luxe. Il continuera cette vie de golden patachon pendant 12 ans sur le circuit des grands clubs, de Lake Tahoe à Las Vegas, où la jet-set se croise. Ainsi il rencontre tour à tour Henry Mancini, Frank Sinatra, Ernie Kovacs, qui l'introduisent dans le gotha des artistes de l'époque. Esquivel évoquait avec admiration les musiciens (Pete Rugolo, Muzzy Marcellino, etc.) et les stars (Yul Bryner, Kim Novak) qu'il avait rencontrés durant sa carrière. Sa réussite matérielle et la séduction qu'exerçaient sur lui les vedettes démontrent assez qu'il avait conservé quelque chose de ce pianiste mexicain autodidacte, encore ébloui par la chance qui lui a été donnée de gagner ces sphères.

Art brut
D'ailleurs, après avoir publié plusieurs albums, Esquivel tentera d'intégrer la Juilliard school (le besoin de se donner une légitimité, d'améliorer sa technique, qui sait ?). Le professeur de piano qui l'auditionne découvre sa manière peu orthodoxe, écoute ses albums, et lui conseille - en substance - de ne surtout pas essayer de se départir de ses défauts, ce serait perdre un style qu'il juge d'emblée extrêmement inventif. Esquivel fut à la musique orchestrale ce que les peintres d'art brut furent à l'art académique, un franc-tireur doté d'un talent exceptionnel et d'une saine méconnaissance des règles du " bien faire ", prêt à les détourner avec un bric-à-brac entièrement personnel et une technique atypique.

Hi-fi stéréo et griffe de maître
Pas de relâche pour Esquivel : entre ses tournées, il enregistre album sur album. C'est qu'il arrive au bon moment, celui de l'essor de la stéréophonie. Après un enregistrement sur une bande 35 mm de qualité cinéma (More of Other Worlds and Other Sounds - 1961), ce perfectionniste implacable met à profit les moyens techniques et financiers que lui offre RCA pour exploiter de nouveaux modes de prise de son. Dans son album Latin-esque (1962) il place une moitié de l'orchestre dans un des bâtiments des studios d'enregistrement, l'autre moitié dans un autre. Les musiciens disposent réciproquement d'un retour audio et chaque prise est enregistrée simultanément mais sur canal séparé. Le disque est signé dans la collection Stereo Action (The sound your eyes can follow) et vous pourrez y entendre dans le désordre des gouttes de piano, des trompettes mariachi, des bongos accordés, et des zu-zing-zings de steel guitare. La consonne " Z " et ses déclinaisons musicales restera la marque de fabrique des arrangements d'Esquivel. Les chœurs féminins sophistiqués qu'il emploie dans ses prestations scéniques et ses disques poussent des " zu-zu " langoureux, agrémentés de " Boink " et de " Pooh " marilinesques.

L'usure
Les notes biographiques musicalement correctes valorisent sa période de splendeur, mais omettent d'évoquer sa décadence. Dans les années 70, à la fois l'homme et le courant musical qui l'a porté au pinacle sont dans la zone has-been. Surtout, les années de palace intensif à Las Vegas ont usé Esquivel : accoutumé à la boisson et aux drogues, il décline. Ses contrats sont interrompus. On saisit ses biens et une partie de ses droits pour régler les impayés.

3ème âge
Il revient à Mexico en 1979, afin d'écrire la musique d'un spectacle télévisé pour les enfants : Burbujas (les Bulles) obtenant un succès considérable avec plus d'un million d'albums vendus. Sa seconde période, après la tournée des studios et des palaces, le voit assagi, produisant des musiques d'illustration sonore pour des séries télévisées américaines (Kojak), ainsi que de nombreuses BO, peu connues, pour les studios Universal. Lorsque Andrea Juno et V. Vale, les rédacteurs des deux volumes de la série " Incredible strange music " l'interviewent, Esquivel apparaît comme un homme apaisé, relatant avec bonheur les temps fort de sa vie et de ses créations musicales, modeste et heureux d'avoir été dans le mood d'un courant excentrique et terriblement " grooooo-vy ". Depuis les fifties, plusieurs DJs et combos ont réexhumé, échantillonné ou rediffusé ses musiques. Les talentueux Combustible Edison relancent Esquivel en insérant, dans leur BO du film " Four rooms ", un de ses plus grands titres : Miniskirt. On le retrouve également dans la BO de " The big Lebowski " et on l'entend ici et là sans savoir que c'est lui. Dans les années 90, Esquivel est un senior encore vigoureux, mais sa santé, déjà dégradée par les excès, se détériore. Il se blesse et sa colonne vertébrale est atteinte. ll doit bientôt se déplacer en chaise roulante ; ce qui ne l'empêche pas d'épouser sa sixième femme, en l'occurrence son infirmière personnelle, en mai 2001 ! Esquivel décède d'une attaque le 3 janvier 2002. Il aura fait étinceler le courant " space age pop ", par son inventivité, ses arrangements saugrenus, dissonnants et ses créations stéréophoniques accrocheuses. Ce pianiste autodidacte, leader d'un groupe de mariachis incapables de lire des partitions, aura finalement bénéficié de la reconnaissance de son immense talent par la musique contemporaine. En avril 2002, sur son nuage tendu de velours grenat, Esquivel a dû savourer un cocktail astral en même temps que la dernière version de Miniskirt : hommage interprété par rien moins que les cordes classiques du Kronos quartet (CD : Nuevo).

9.9.06

Today I feel a little bit...strange



Quelques bizzareries musicales connues et moins connues :

Face A :

Eddie Warner - Telex
Greater than One - Why do men have nipples ?
Erik Satin - Satinesque
Le professeur inlassable - Far Too Much For A Popular Public
Harry Nilsson : Put the lime in the coconut
Gautier/Foy - La croisière immobile (extrait)
Hosono - Box
Le tone - Expression du domaine de la lutte

6.9.06

Jean-Léon Gérôme - Peintre orienté


Harem


Le marchand de tapis


Bashi-Bouzouk noir


La Grande Piscine de Bursa


Le bain

L'exposition parisienne actuelle sur Pierre Loti donne l'occasion de voir une toile de Jean-Léon Gérôme (1824-1904), par ailleurs considéré comme un peintre de commande, livrant de belles scènes dans un style académique, réaliste et grandiloquent, mais sans véritable innovation sur le plan pictural. Il est vrai que Gérôme, embourgeoisé et au fait de sa notoriété dans les années 1860 s'assied un peu sur ses lauriers académiques au lieu de rester ouvert au fourmillement des idées nouvelles. Vieillissant dans les années 1890, il reste arc-bouté à des codes esthétiques classiques, qu'il maîtrise avec virtuosité. Et puis il y a eu cette grosse erreur de jugement, que l'histoire de l'art ne lui a pas pardonnée : il est resté imperméable au talent dans les toiles de Courbet, Manet, Caillebotte, Pissaro. Son attitude réactionnaire vis-à-vis de l'impressionnisme et de la révolution subjective qu'apporte le regard de ses peintres, lui vaudra une large baisse de popularité et un égal rejet de la part de la critique du XXème siècle. D'où l'oubli du bonhomme et de ses toiles, jugées complaisantes.
Je ne partage pas cet avis. Son talent est celui d'un ethnographe, d'un archéologue, d'un voyageur au pinceau photographique... pas d'un révolutionnaire de la peinture ; il n'a pas eu le pressentiment de la beauté des impressionnismes, soit. Après tout - aujourd'hui - combien de compositeurs sexagénaires nourrissent un secret mépris pour la techno ou l'électro ?.
Gérôme n'a cessé, dans sa première période, de sillonner les mondes arabes, de croquer des scènes de la vie courante, en Turquie, sur les bords du Danube (1854) et en Egypte (1857). Il a su à merveille restituer la lumière diffuse dans la pénombre des harems, les corps un peu gras des femmes au bain turc, les merveilleuses couleurs des tapis, des soieries et des étoffes, des carreaux et des zelliges de l'art oriental.



Gérome, whose father was a goldsmith, studied with J.-H. Delaroche. His historical and mythological compositions, such as “Pygmalion and Galatea” (Metropolitan Museum of Art, New York City), were anecdotal, painstaking, often melodramatic, and frequently erotic. The surfaces of his paintings were highly finished, and he was fascinated with technical virtuosity. He was a good draftsman in the tight linear style of Jean-Auguste-Dominique Ingres and an inventive illustrator in the manner of Delaroche. A trip to Egypt in 1856 introduced an exotic element into his painting—e.g., “Prayer in the Mosque of 'Amr, Old Cairo” (c. 1860; Metropolitan Museum of Art). During the last 25 years of his life he concentrated on sculpture. As a teacher at the École des Beaux-Arts, he counted among his many pupils Odilon Redon and the American artists Thomas Eakins and J. Alden Weir. A highly successful artist, Gérome exerted great influence in the Paris art world. He was exceedingly hostile to the Impressionists and, as late as 1893, urged the government to refuse a bequest of 65 of their works.

4.9.06

Cal Tjader - The Prophet



Il est urgent de mettre en partage cette pépite méconnue de l'excellent vibraphoniste Cal Tjader - dont j'ai déjà parlé, (découverte dans le blog de Orgyinrythm décidément plein de bons disques), et acquise par mes soins pour une somme modique dans le "vide-grenier mondial", j'ai nommé ebay.
The Prophet est enregistré en 1968 pour Verve à New York. Le son y est extrêmement séduisant et, s'il s'apparente à une production de jazz lounge, c'est que l'arrangeur Don Sebesky y a laissé sa griffe en matière de choix instrumentaux - flûte (Hubert Laws), violons, percussions dosées et moins en avant que dans les albums plus latin jazz. L'élégance des mélodies (Warm song, Time for love) est à mettre au crédit de Joao donato avec qui Tjader avait envie de travailler depuis longtemps. Tout ça sans oublier l'efficacité du swing (Cal's Bluedo, Souled out), et les accompagnements de choeurs féminins très wwhhoo wwhhoo et chabada (The prophet, Temo Teimoso). Un pur délice !

1 Warm Song
2 Souled Out
3 A Time for Love
4 The Prophet
5 Aquarius
6 The Loner
7 Tema Teimoso
8 Cal's Bluedoo

This is an ecstatically beautiful album " wrote Herb Wong in the sleeve notes to this 1969 Cal Tjader lp.And I think he was right-I love this record .Cal got Joao Donato in on piano for this one who also wrote "Warm Song","Aquarius" and "Temo Teimoso"for the session.Cal knocked out "Souled Out",The Prophet""Cals Bluedo"and "The Loner" and added the standard "A Time for Love".He then added strings and vocals into the mix with the usual percussion / rhythm section and the combination works wonderfully as arranged by Don Sebesky.Moving from the swinging groove of the title track to the funky sound of Souled Out to the bossa influenced Donato input this lp hits the mark on every track .Beautiful jazz but also one for the lounge lovers. Orgyinrythm

2.9.06

Claude Chabrol - Alice ou la dernière fugue (1976)


Par une nuit noire, une voiture roule sous une pluie torrentielle, dérape et vient percuter un obstacle. Alice, la conductrice, sortie miraculeusement indemne, se met à la recherche d'un abri. La lumière d'une maison isolée l'attire, son propriétaire semble la connaître et l'invite à passer la nuit. Le matin venu, elle se retrouve seule. Déconcertée, Alice veut quitter les lieux, mais la fuite s'avère impossible, tous les chemins empruntés la ramènent à son point de départ...

Avec Alice ou la dernière fugue, Chabrol nous plonge dans les années 70. La belle Silvia Krystel y est mise à nu (un peu) mais révèle aussi, outre sa plastique, des qualités rares d'émotion et de sensibilité. On y retrouve aussi André Dussollier, jeune homme (en pantalon blanc moule burnes patte d’ef'), ainsi que le formidable Charles Vanel (déjà âgé) en châtelain mystérieux.
Le fantastique se diffuse à travers peu de choses dans ce film : une atmosphère, un personnage féminin esseulé, à l'érotisme froid, une musique suggestive, des effets spéciaux un peu naïfs, à la « Truca », d’avant le numérique (mais qui fonctionnent parfaitement). Et voilà que la poésie de l'étrange se déploie dans le suspens de ce manoir où le temps et l'espace semblent connaître d'inquiétantes altérations. Les référence abondent Lewis Carroll bien sûr, mais aussi La Belle et la bête, pour la clôture fantastique de la propriété et le mystère de ce vaste manoir où tout lui vient à point nommé. Lointaine ressemblance, également, avec un épisode des Avengers où Emma Peel est enfermée dans un maison dont on ne sort jamais : « The House That Jack Built ».
Alice ou la dernière fugue reste une remarquable méditation sur la thématique de Through the Looking-Glass de Lewis Carroll et sur l'entre-deux-mondes qu'est le cinéma.